Gaza

Le départ des Israéliens suscita autant de craintes que de joie

Eyad El-Sarraj ( Al-Quds - Jérusalem-Est) - Courrier International N° 773 - 25 août 2005

Tous les Palestiniens, petits et grands, se réjouissent de voir les colons israéliens quitter la bande de Gaza. Mais chacun reste sur ses gardes et se demande : “Et ensuite ?” Car nous avons encore en mémoire les déceptions qui ont suivi les rêves suscités par les accords d’Oslo [1993]. A l’époque, déjà, notre joie était mêlée de peur.

Nous étions heureux mais nous craignions la corruption, la soldatesque, la répression et l’anarchie.

Nous craignions qu’Oslo ne soit qu’une mystification de plus. Et, par la suite, nos craintes se sont révélées justifiées. Comment donc notre joie actuelle pourrait-elle être sereine ?

Nous redoutons l’arrivée, en territoire libéré, de personnes intéressées par nos richesses et qui veulent se remplir les poches. Nous craignons les combats fratricides entre Palestiniens, l’influence des bandes armées et le règne de l’insécurité. Comment les promesses de Mahmoud Abbas pourraient-elles nous rassurer, alors que nous constatons qu’il n’a pas su se débarrasser de certains dysfonctionnements du passé ? On dit que la corruption du pouvoir était si forte qu’il lui est impossible de l’éradiquer en une fois et qu’il faudra donc patienter encore.

Notre autre grande peur concerne le Hamas. Il est à craindre qu’il lance des roquettes dès la fin du retrait israélien de Gaza, fournissant ainsi à Sharon le prétexte rêvé pour nous envahir, non plus cette fois-ci pour mettre en place des colonies mais pour nous tuer et nous intimider.

Cela dit, force est de constater que la direction du Hamas, durant la phase cruciale du retrait, a fait preuve de responsabilité, évitant les conflits ouverts avec Mahmoud Abbas et cessant les opérations militaires contre les Israéliens. Cela prouve non seulement son degré d’organisation et la discipline de ses militants, mais encore que l’idée d’une transition en douceur a peut-être fait son chemin dans les esprits.

Tout cela serait véritablement rassurant s’il n’y avait certaines déclarations incendiaires qui indiquent que la direction du Hamas n’a pas encore tout à fait compris les exigences politiques de notre époque ni les attentes d’une population qui a bu la coupe de la souffrance jusqu’à la lie et n’aspire qu’à un peu de quiétude, de liberté et de dignité.

Cette ambiguïté dans le comportement du Hamas provient de la complexité de la situation, dont nous sommes tous conscients : nous voulons la libération de notre territoire, et notamment de la Cisjordanie, selon les frontières de 1967, afin d’établir un Etat viable et véritablement indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale et une solution négociée pour les réfugiés. Mais comment accomplir tout cela alors que Sharon ne cesse de déclarer que la colonisation de la Cisjordanie va se poursuivre ? Comment pourrions-nous déjà déposer les armes ? Au niveau du principe, je crois que le Hamas a le droit de conserver ses armes jusqu’à la libération totale et la fondation de notre Etat. Et nous ne devrions pas faire la moindre concession à Israël tant qu’il occupe la Cisjordanie.

Toutefois, les armes devraient être contrôlées par l’Autorité palestinienne, et non par des factions telles que le Hamas. Quant à ce dernier, il peut se prévaloir d’être devenu une force politique incontournable, respectée et populaire. Il faut qu’il sache que l’arme principale pour un tel mouvement réside dans le suffrage universel, qui lui ouvrira les portes de la participation au pouvoir.Ce serait une bonne chose que ce mouvement devienne une force politique d’opposition.

Le système politique palestinien, après avoir été, durant des années, dominé sans partage par le Fatah, s’en trouverait renforcé.

(LDL)

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