Gaza

Le désengagement unilatéral a ôté à la colonisation son caractère sacré et irréversible

Tzvi Barel (Haaretz) - Courrier International N°773 - 25 août 2005

Des antidreyfusards qui arrachent les galons dâun lieutenant-général ; des jeunes qui arborent lâétoile jaune ; un père qui menace de jeter son bébé dans le vide ; des militants qui brûlent un drapeau israélien ; des femmes colons en sueur et à lâhaleine fétide qui se collent contre les soldats ; et une pluie de malédictions proférées à lâencontre des autorités.Voilà ce que fut le quatrième jour de lâévacuation de Gaza, un jour qui restera dans les annales.Un jour où des dizaines de milliers de soldats, femmes et hommes, auront pour la première fois vu une colonie de lâintérieur et auront commencé à haïr lâentreprise dâimplantation juive. Pas par antipatriotisme, ni par idéologie, mais à cause de ces outrances qui les auront souvent fait fondre en larmes. Pour ces jeunes soldats, le choc posttraumatique restera irréversible.

CHAQUE COLONIE SAUVAGE DEVENAIT UN LIEU SACRÉ

Mais ce sera bien là le seul résultat irréversible du désengagement. Parce que lâéradication des colonies et le déménagement des colons hors dâun territoire occupé sont venus signifier lâeffondrement dâune idée qui a accompagné lâentreprise de colonisation de peuplement depuis ses débuts, en 1967. Câest lâidée de lâirréversibilité, selon laquelle le moindre campement ne pouvait être déménagé.

Câest cette drogue toxique qui a donné un rythme de plus en plus effréné à la construction de colonies. Le thème de lâirréversibilité était le guide que les colons avaient rédigé à leur propre usage. Dans cette perspective, chaque colonie sauvage devenait un lieu saint et partie intégrante du pays, chargée de lââme de la nation. Toute tentative dâéradication faisait craindre la guerre civile. Sans cette menace dissuasive on ne peut comprendre lâextension prise par lâentreprise de colonisation dans les territoires occupés. Lâenjeu du démantèlement, câétait lâirréversibilité.

Ce travail dâautopersuasion avait réussi au-delà de toute attente. Les incroyables montants investis dans les colonies par lâEtat et même par des investisseurs privés eussent été inimaginables si lâon nâavait pas été intimement convaincu de leur caractère éternel.

Câest cette même conviction qui avait abouti à ne plus faire la distinction entre le statut de Tel-Aviv et celui de Ganei Tal [une colonie de Gaza] et à estimer que la disparition de lâune ou de lâautre signifiait la fin de lâEtat dâIsraël. Tout marchait si bien. Le Yesha [Conseil des colons] était mobilisé et, derrière lui, lâEtat. En stimulant notre résistance au terrorisme, lâIntifada des Palestiniens avait fini par servir de garant collectif : le déplacement du moindre mobile home risquait dâêtre considéré comme une reddition face aux assassins. Lâavenir de notre sécurité était assuré par le sang des victimes palestiniennes et par le siège des Territoires occupés. Quiconque envisageait dâinverser la situation était considéré comme un fou. Mais il faut croire quâIsraël est doté dâune sorte dâinstinct national, qui lui a fait sentir que quelque chose ne tournait pas rond, violait toute logique et risquait dâépuiser nos forces. Parce que, soudain, un séisme a eu lieu.

La blessure est à la mesure de lâaffront. Le Premier ministre vient dâapposer la mention âœnul et non avenuâ sur des décennies de vie politique.

Aujourdâhui, tout est devenu réversible.

La calamité est dâautant plus cruelle quâil apparaît aujourdâhui que la logique qui préside au démantèlement des implantations de Gaza pourrait vite sâappliquer à celles de Cisjordanie.

Quant aux craintes qui inhibaient jadis lâEtat, elles sont devenues tout aussi réversibles. Tout ce que lâEtat a à craindre, ce nâest ni une guerre civile, ni une mutinerie, mais seulement des malédictions, des clous et de lâhuile bouillante. Câest précisément maintenant que le gouvernement devrait décider de poursuivre sur sa lancée et se tourner vers la Cisjordanie pour en finir avec les colonies sauvages, les implantations minuscules et les bandes de hors-la-loi. Il est temps pour lâEtat dâIsraël de montrer que la peur qui le paralysait a changé de camp.

(LDL)

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