Constructions illégales palestiniennes

La Cité du Roi David

Omar Karmi (Palestine Report - Ramallah) - Courrier International N°762 - 9 juin 2005

La municipalité de Jérusalem envisage la destruction de 88 maisons palestiniennes pour faire du supposé âœjardin du roi Davidâ un parc. Les habitants crient leur rage.

Ce serait lâun des plus grands projets de démolition de maisons palestiniennes dans les Territoires occupés depuis 1967.

Le plan de 1977, récemment exhumé par la municipalité de Jérusalem pour créer une âœzone verteâ en contrebas du mur sud de la vieille ville, dans le quartier de Silwan â afin, selon lâexpression de lâarchitecte de la municipalité, Ouri Chetrit, de âœrétablir le paysage dâantanâ â, envisage la destruction de 88 maisons abritant 1 000 personnes.

Trente familles ont reçu lâavis de démolition, les autres ont présenté des recours.

Dâaprès la loi israélienne, les maisons construites sans permis ne peuvent plus être démolies au bout de sept ans. Or la plupart des maisons de Silwan se trouvent dans ce cas de figure. Chetrit a donc élaboré un plan pour contourner cette loi. âœPour la loi sur la construction, il y a prescription, admet-il. Mais rien nâempêche de limiter lâutilisation dâune construction illégale. Si nous ne pouvons pas détruire leurs maisons, nous allons interdire aux résidents dây entrerâ, a-t-il déclaré à HaâAretz le 31 mai dernier.

Ensuite, il sera beaucoup plus facile dâobtenir un permis de démolir pour une maison vide. Comme on pouvait sây attendre, ce plan a soulevé la colère des résidents de ce quartier défavorisé. âœNous sommes onze à la maisonâ, dit Haj Mazen Abou Diab, 60 ans.

Jâai demandé à la municipalité ce quâelle comptait faire de nous, mais jâattends encore la réponse.â Certes, sa maison a été construite sans permis, mais âœil y a plusieurs décennies ! La plupart de ces maisons ont été construites avant 1967 *, câest-à-dire avant lâoccupation [israélienne]. Certaines remontent même aux années 1920, donc avant la création de lâEtat dâIsraël *. Exiger des permis pour ces maisons nâest pas seulement déraisonnable, câest tout bonnement immoralâ, sâindigne-t-il.

Une même colère se lisait sur les visages et dans les déclarations des autres résidents de Silwan, rassemblés sous une tente de fortune plantée dans le quartier, pour manifester publiquement contre les démolitions. âœLes Israéliens veulent à tout prix nous expulserâ, dit Abed, 34 ans.

Et il regarde avec consternation la rue qui grimpe le long de la colline en direction de la vieille ville : plusieurs maisons, flanquées de portails métalliques et de gardes en armes, arborent le drapeau israélien. Câest en 1998 quâun groupe religieux dâextrême droite, Elad, a acquis plusieurs propriétés dans le quartier.

âœBeaucoup de gens ne comprennent pas les âcollaborateursââ, explique Abed, parlant de ceux qui ont vendu leur maison aux colons. âœMoi, si. Jâen connais certains. Ils nâarrivaient plus à nourrir leur famille. Ils étaient sans travail, laissés pour compte. Les colons leur ont proposé une belle somme dâargent. Je ne les excuse pas, mais je les comprends.â

Abed est lui aussi sans emploi. Il dit quâil nâen trouvera pas parce quâil a passé plusieurs années dans une prison israélienne, à cause de ses opinions propalestiniennes.

Il en est arrivé à détester son quar tier à cause des colons. âœJe vis à côté dâeux, et tous les jours ils me montrent à quel point ils me haïssent. Mais pourquoi sont-ils venus ici ? Ils pensent que Dieu leur a donné ce pays, mais câest quand même eux qui ont choisi dây venir. Moi, jây suis né. Je nâai pas eu le choix.â Il est certain que ce quartier intéresse tout particulièrement les groupes religieux juifs, qui pensent quâil se trouve à lâemplacement du jardin du roi David. Dans ses commentaires au journal HaâAretz, Chetrit reconnaissait que ce projet donnerait naissance à un nouveau parc âœnationalâ, sans résidents palestiniens, pour recréer ce que les Israéliens appellent la âœcité de Davidâ.

Dimitri Dilyani, lâun des organisateurs palestiniens de la manifestation, est loin dâen être convaincu. âœCâest là que David aurait lavé son linge. Et alors, quâest-ce que ce sera après ? Lâendroit où il vivait, celui où il priait ?â sâinterroge-t-il, en pointant le menton vers la vieille ville qui domine Silwan. âœLa démolition de ces maisons justifiera dâautres démolitions, et personne ne sait jusquâoù ça ira.â

* souligné par nous.
(LDL)

Les titres et intertitres sont de la rdaction du site