Etats-Unis

Les Etats-Unis et Israël en tant qu'atout stratégique

J.J. Mearsheimer et S. M. Walt - Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine - Ed. La Découverte 2007 - p. 63

À sa création en 1948, les responsables politiques américains ne considéraient pas Israël comme un atout stratégique. Il pensaient que des liens trop étroits avec cet État faible et potentiellement vulnérable seraient préjudiciables à la position des États-Unis au Moyen-Orient. La décision que prit le président Truman d'encourager le plan de partage de l'ONU et de reconnaître l'État d'Israël ne se fondait pas sur des impératifs stratégiques, mais sur une véritable compassion envers les souffrances du peuple juif, une forme de convictions religieuses selon laquelle il fallait permettre aux Juifs de retrouver leur patrie, et la certitude d'en toucher quelques dividendes politiques, dans la mesure où la reconnaissance de l'État hébreu était fortement soutenue par de nombreux juifs américains.

Dans le même temps, plusieurs importants conseillers de Truman - dont le secrétaire d'État George Marshall et le chef du département d'analyse stratégique Georges Kennan - s'opposaient à cette décision qui, à leurs yeux, fragiliserait les relations des États-Unis avec le monde arabe et faciliterait la pénétration soviétique dans la région. Comme le soulignait Kennan dans un mémo interne en 1948, « soutenir les objectifs radicaux du sionisme politique » se ferait « au détriment des objectifs de sécurité que les États-Unis se sont fixés » au Moyen-Orient. À ses yeux, insistait-il, ce choix créerait des opportunités pour l'URSS, menacerait les concessions pétrolières, et limiterait les possibilités d'installer des bases américaines dans la région. Au début des années 1960, cette vision des choses s'était quelque peu émoussée et, à la lumière de l'aide croissante que fournissait l'URSS à l'Égypte, la Syrie et l'Irak, l'administration Kennedy décida qu'Israël méritait plus de soutien. Les leaders israéliens insistèrent à plusieurs reprises sur leur valeur potentielle en tant qu'alliés, et leur victoire écrasante dans la guerre des Six-jours (1967) renforça cette thèse en apportant une démonstration éclatante des capacités militaires israéliennes. […] Nixon et Kissinger envisagèrent le soutien américain à Israël comme un moyen efficace de contrer l'influence soviétique dans la région. L'idée qu'Israël était un « atout stratégique » a ainsi pris racine dans les années 1970 avant de devenir un article de foi au milieu des années 1980.

(LDL)

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