Génocide arménien

L'attitude ambigue d'Israël

Yossi Sarid (Haaretz) - Courrier Internationa N° 755 - 21 avril 2005 - p. 30

Soucieux de plaire à la Turquie mais aussi de renforcer le caractère unique de la Shoah, les gouvernements israéliens ont toujours refusé de reconnaître le génocide arménien, regrette le député Yossi Sarid *.

Le 24 avril, la république dâArménie organise à Erevan une conférence internationale dédiée à la mémoire du million dâArméniens assassinés par les Turcs. Ce mois dâavril est également marqué par la parution en hébreu du terrifiant ouvrage de lâhistorien Yaïr Auron, La Banalité de la négation : Israël et le génocide arménien.

Israël nâa jamais reconnu le génocide arménien. Et, ce faisant, il a prêté main forte à ceux qui nient le génocide. Notre attitude officielle a toujours oscillé entre lâambiguïté et le déni, entre âœIl nâest pas certain que lâon puisse parler de génocideâ et âœCâest une question quâil faut laisser aux historiensâ, deux phrases jadis prononcées par un Shimon Pérès imbécile et insultant.

Lâattitude dâIsraël répond à deux enjeux. Le premier, câest lâimportance de conserver de bonnes relations avec une Turquie qui persiste à nier toute responsabilité dans le génocide arménien et exerce de fortes pressions à lâétranger pour ne pas avoir à assumer son passé. Le second enjeu, câest que la reconnaissance du génocide subi par un autre peuple risquerait dâentamer lâunicité de la Shoah.

Lors des célébrations du 85e anniversaire du génocide arménien, jâavais été invité, en tant que ministre israélien de lâEducation, par le patriarcat arménien dans la vieille ville de Jérusalem. A cette occasion, jâavais déclaré : âœNous, Juifs, principales victimes de la haine meurtrière, devons être doublement sensibles et nous identifier aux autres victimes. Ceux qui tournent le dos, regardent ailleurs ou se taisent ne font en définitive quâaider les assassins, pas leurs victimes. Dans notre nouveau programme scolaire, un chapitre central sera consacré aux génocides et il y sera fait explicitement référence au génocide arménien. Câest notre devoir envers vous et envers nous-mêmes.â

Partout dans le monde, la communauté arménienne avait accueilli mon discours avec satisfaction. La Turquie, quant à elle, sâétait plainte violemment et avait exigé des explications du gouvernement israélien. Et MON gouvernement, le gouvernement dâEhoud Barak, avait bredouillé de vagues excuses avant de décliner toute responsabilité dans des propos qui, à lâentendre, nâengageaient que moi. Et, aujourdâhui, les programmes scolaires israéliens sont à nouveau épurés de toute référence au génocide arménien.

* Membre du parti Meretz (gauche laïque)
(LDL)

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