Qassam

C'est le Hamas, donc c'est de la contrebande...

GRIP - "Qui arme Israël et le Hamas ?" - Edité par le GRIP, l'Observatoire des Armemement et Amnesty International - 2009

Le GRIP, l'Observatoire des Armements et Amnesty International ont publié au printemps 2009 un dossier intitulé "Qui arme Israël et le Hamas ? - La paix passée par les armes ?"

Le dossier met en évidence l'énormité des crédits qu'Israël consacre à ses dépenses militaires, et de l'aide que les Etats-Unis lui apportent dans ce domaine.* L'armement du Hamas et des autres groupes de la résistance palestinienne, quant à lui, est invariablement décrit comme le fuit de la contrebande, tant il semble entendu une fois pour toutes que seul Israël a la droit de s'armer et de se sur-armer sans limites.

Les roquettes du Hamas (Patrice Bouveret)

Il n'y a aucune comparaison possible entre l'arsenal militaire d'Israël et celui du Hamas. « La plupart du temps, les Qassam finissent sur des terrains vagues. Sauf la dernière, comme dans une loterie, tombés devant la maison du frère d'une employée de la mairie [...] Ce sont des roquettes artisanales. Le Hamas les fabrique avec des tuyaux - avant ils venaient en Israël pour voler les tubes des panneaux de signalisation - remplis de produits explosifs et de clous et autres boulons. Avec le temps, ces roquettes se sont perfectionnées et atteignent 15 cm de diamètre et 2 m de long. Mais elles ne peuvent pas être téléguidées comme le sont nos roquettes Tomahawk, que l'on peut faire entrer par une fenêtre sans toucher l'encadrement. Pour éviter de tuer des personnes innocentes », témoigne Georges Adjedj un habitant de Sderot **, ville située à 600 m de la frontière nord de la bande de Gaza.

Selon Jane's Defence Weekly (2), le Hamas disposait (au début de la guerre de Gaza) (3) d'un arsenal composé tout au plus de 3000 roquettes. La plus grande partie est de fabrication locale et à courte portée : les Qassam 1,2 et 3. Le Hamas possède également des roquettes de longue portée, achetés à l'étranger ou arrivée à Gaza par le biais de la contrebande via l'Égypte, dont celle qu'on appelle Katyusha - Grad - 122mm et Fadjr-3 à l'origine fabriquée respectivement en Russie et en Iran. On présume également la présence de roquettes originaires de Chine, que Hamas se serait procurées par voie de contrebande via le Soudan. Il serait ainsi en possession de plusieurs roquettes antichars : les Al-Battar et les Banna 1 et 2.

De plus, l'Iran aurait fourni au Hamas - ainsi qu'à d'autres groupes armés palestiniens -, des équipements militaires, des munitions et des roquettes. Selon des sources militaires israéliennes, le Hamas aurait ainsi stocké des dizaines de roquettes améliorées par l'Iran, introduite en contrebande dans la bande de Gaza via des tunnels souterrains à cheval sur la frontière Gaza-Égypte, et par voie maritime (3).

Quant aux explosifs utilisés dans les ogives, ils sont soient fabriqués localement à partir de composants chimiques utilisés dans d'autres secteurs (agriculture,...), soit importé par voie de contrebande via les tunnels reliant Gaza ou par voie maritime. [...]


Types de roquettes du Hamas (estimations)***

Type Portée Charge explosive Origine
Quassam 1 3 km 0,5 kg Fabrication locale
Qassam 2 6-10 km 5-7 kg Fabircation locale
Qassam 3 10 km 10 kg Fabrication locale
Katyusha - Grad 122 mm 20 km variée URSS/Russie
Fadjr 3 - 220 mm 40 km 45 kg Iran
122 mm 40 km   Chine

Dans un encadré du même dossier, les auteurs citent une interview publiée dans Libération de l'historien français Pierre Razoux, selon qui le Hamas ne disposerait plus après la guerre de décembre 2008-janvier 2009, que du tiers des munitions dont il disposait avant. Par ailleurs, Israël aurait détruit 80% des tunnels de "contrebande" entre Gaza et l'Egypte. Il notait aussi que "contrairement à ce qui s'est passé en 2006, Tsahal n'a perdu cette fois-ci aucun char et aucun aéronef, ce qui tendrait à prouver l'absence de missiles antichar et antiaériens perfectionnés dans l'arsenal du Hamas. Le Hamas n'est pas le Hezbollah, tous les officiers israéliens le savent. Les hommes du Hamas ne se battent qu'avec des Kalashnikovs et des lance-roquetttes RPG7, pas des missiles."

* La disproportion est telle que que le GRIP avait initialement annoncé la publication du dossier sous le titre "Qui arme Israël ?", sans faire aucune mention du Hamas (la couverture du livre, reproduite avant parution dans la Newsletter du GRIP en témoigne). L'adjonction d'un chapitre sur le Hamas est donc en quelque sorte un "repentir" tardif, que l'on peut supposer inspiré par le souci maniaque d'«impartialité» visible d'Amnesty International, qui conduit cette organisation à présenter de la même manière agresseurs et agressés.(LDL)
** Sderot est une ville israélienne de 24.000 habitants, dont 99% sont juifs (majoritairement sépharades, souvent originaires du Maroc, et donc victimes de discriminations en Israël, ce qui explique leur relégation dans cette «ville de développement», dont le développement, justement, est assez problématique). Sderot a été bâtie sur l'emplacement du village palestinien de Nadj, totalement rasé et dont les habitants sont devenus des réfugiés.
Le plan de partition de l’ONU de novembre 1947 attribuait les territoires de la Galilée occidentale, [nord de la bande de Gaza et ouest du Néguev] à l’Etat arabe de Palestine.
*** sources : "Israël aims for new security reality in Gaza", "Hamas is on the defensive in Gaza crises", "Hamas deploys rocket arsenal against Israël" dans Jane's Defence Weekly, 14 jan. 2009; "Hamas longer-range rockets threaten Israël compagnies" dans Defense News, 5 janvier 2009
On notera que toutes les sources sont anglo-saxonnes, et à priori peu suspectes de sympathies envers le Hamas.

(LDL)

Les titres et intertitres sont de la rédaction du site