Colonisation

Comment des colons ultra-religieux ont remplacé les colons "laïcs" que l'Intifada faisait fuir

Nadav Shragaï (Haaretz) - Courrier International N° 725 du 23 septembre 2004 - p. 42

En octobre 2003, l'élite des rabbins du sionisme religieux sonnait le tocsin dans le nord de la Samarie [Cisjordanie] et y envoyait une délégation de haut niveau ont composé des rabbins Yaakov Ariel, Haïm Druckman, Elyakim Levanon, Yehoschua Shappira, ainsi que d'autres rabbins du Merkaz Ha’Rav [siège central du mouvement nationaliste religieux] de Jérusalem. Ce qui motivait l'envoi de cette délégation, c'était la crainte que cette région peu colonisée mais cible de nombreuses attaques terroristes ne se vide peu à peu de ses habitants et ne laisse sur place que des implantations [colonies] fantômes.

Redonner courage aux groupes de colons religieux

Cette visite revêtait d'autant plus d'importance que des implantations comme Mevo Dotan, Homesh, Sanour, Ganim et Kadim sont les premières à être inscrites sur la liste des implantations à évacuer en cas d'accord avec les palestiniens ou en cas de retrait.

Le but de la visite était donc de redonner courage aux pionniers des gar’inei hizzouz [noyau de renforcement], ces groupes de colons religieux venus enrayer la vague de désertion [*] qui frappa au début de l'Intifada [septembre 2000] les colonies de la région, alors très largement laïques.

Depuis cette visite, une nouvelle réalité se fait jour dans le nord de la Samarie. Plusieurs familles religieuses du Golan ont décidé de s'installer à Mevo Dotan , marquant ainsi un tournant dans la vie de petites implantations isolées qui, jusqu'à récemment, ne cessaient de se vider de leurs habitants. Au plus fort de l'Intifada, Mevo Dotan , implantation créée en 1981, ne comptait plus que 29 familles, la moitié des résidents s'étant enfuie après le meurtre de trois habitants. Aujourd'hui, bien que l'éventualité d'un désengagement soit dans l'air, Mevo Dotan compte désormais 51 familles, et certains fugitifs sont revenus.

Yaël Ben-Yaakov, l'une des plus anciennes résidentes de Mevo Dotan , pense que l'implantation à tout son avenir devant elle, même en cas d'accord de paix. « La vie va continuer ici. Certains hésitent, d'autres attendent des indemnités, mais la plupart sont liés à ce lieu, ne partiront d'ici à aucun prix ils se battront contre toute évacuation ».

Homesh et Sanour ont également reçu l'appoint d’un gar’inei hizzouz [noyau de renforcement]. Ces deux colonies avaient également fini par être considérées comme des fictions.

Sanour, un village d'artistes, avait été abandonné par ses fondateurs, qui s'était enfuis à Netanya lors du déclenchement de l'Intifada. Aujourd'hui, Sanour abrite de 10 jeunes couples religieux, tandis que les familles d'artistes du noyau originel reviennent petit à petit.

Homesh , une implantation voisine de Sanour, était sur le point de devenir un village fantôme lorsque des religieux proposèrent également d'y installer un gar’inei hizzouz [noyau de renforcement]. Après une période d'essai, la cohabitation entre fondateurs laïques et nouveaux arrivants religieux s'est finalement révélée fructueuse. « Nous avons fini par nous connaître et par nous surprendre agréablement », reconnaissent en chœur Yaël Ben-Yaakov et le rabbin Landman.

« Quoi qu'il arrive je ne bougerai pas d'ici »

Les habitants de Kadim et Ganim , deux implantations qui jouxtent Jénine , avaient quant à eux longtemps rejeté l'idée d'accueillir des familles religieuses, avant de se reprendre, vu le succès enregistré par la stratégie des noyaux de renforcement à Mevo Dotan, Homesh et Sanour.. L'intifada avait poussé le tiers des habitants de Kadim à fuir l'implantation.

Aujourd'hui on n'y compte plus que 28 familles, qui vivent sans bénéficier de l'électricité et de l'eau courante de Jénine. La situation sécuritaire est tout aussi pénible, les maisons de Kadim ayant été arrosées à plus de 70 reprises par des tirs venus de Jénine.

Quel est l'avenir de Kadim ? Debbie Drori vit à Kadim depuis sa fondation, en 1983. Fidèle à son idéologie, elle y a investi l'essentiel de son énergie et de son argent. Elle a fondu en larmes lorsqu'elle a entendu le discours d'Ariel Sharon sur le désengagement. «Pour moi c'était un affront insupportable. Quoi qu'il arrive je ne bougerai pas d'ici. Comment oserais-je dire à ma fille aînée, qui est né à Kadim, qu'il nous faut plier bagage ? »

Adrien Rubinstein n'a pas davantage l'intention de quitter Kadim, même s'il ne s'y sent pas en sécurité. Maya Moualem, qui a quitté Kadim il y a trois ans, y est revenue l'hiver 2003 avec ses enfants de quatre et six ans. Israël Naphtali, jardinier, a des difficultés à joindre les deux bouts. Il est aujourd'hui au chômage. « Jusqu'en l'an 2000, j'ai travaillé dans un jardin public de l'autorité palestinienne à Jénine. Et, malgré les événements, j'ai gardé des contacts téléphoniques avec mes anciens collègues. Tout ce que j'espère c'est d'y retourner et d'y retrouver mon emploi. Mais je ne quitterai pas Kadim ».

(LDL)

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