Liberté de l information

Les cartes de presse israéliennes ne sont délivrées qu'avec l'accord du Shin Bet

Le Monde - 5 novembre 2003

La délivrance d'une carte de presse officielle en Israël devra désormais obtenir l'aval du Shin Beth, le service de sécurité intérieure, selon de nouvelles consignes du bureau de presse gouvernemental rendues publiques lundi [5 novembre 2003].

Tout journaliste, israélien ou étranger, devra dorénavant donner son accord par écrit pour que sa demande d'accrédition puisse être transmise au service de sécurité en vue de son approbation.

Il devra, en outre, déclarer par écrit n'avoir jamais été "condamné pour atteinte à la sécurité de l'Etat" et n'avoir jamais subi de "condamnation infamante" de nature criminelle.

L'Association de la presse étrangère (FPA) s'est dite "extrêmement préoccupée" par cette nouvelle mesure, la qualifiant de "violation caractérisée de la liberté de la presse" et de "revirement spectaculaire par rapport à la politique d'ouverture qui prévalait depuis des décennies en Israël" et a demandé au gouvernement israélien d'y renoncer.

Cette nouvelle politique, affirme la FPA dans son communiqué, "donne aux autorités un pouvoir de veto déraisonnable quant au fait de savoir qui peut être correspondant de presse" et "semble être une nouvelle étape dans une campagne vieille de deux ans (destinée à) harceler et intimider la presse étrangère".

AUCUNE MOTIVATION POLITIQUE

Le directeur du bureau de presse du gouvernement (GPO, organisme dépendant des services du premier ministre), Daniel Seaman, a toutefois affirmé que cette mesure n'avait aucune motivation politique et n'était nullement liée au mécontentement exprimé par de nombreux responsables israéliens sur la façon dont les médias internationaux rendent compte du conflit avec les Palestiniens.

"Cette mesure a été rendue nécessaire par l'insécurité persistante depuis le déclenchement de l'Intifada", il y a trois ans, "sans oublier le fait qu'un premier ministre israélien (Yitzhak Rabin) a été assassiné il y a huit ans" a-t-il dit.[1]

Selon lui, les nouvelles consignes, beaucoup plus strictes que par le passé, visent en premier lieu à réduire le nombre d'accréditations dans la presse israélienne. "Au lieu de délivrer 8 000 cartes de presse à des Israéliens qui sont bien loin d'exercer tous réellement la profession de journaliste, on pourrait se contenter d'en délivrer 1 000", a-t-il ajouté.

Depuis janvier 2002, le GPO refuse déjà de renouveler les accréditations de centaines de journalistes palestiniens travaillant pour la presse étrangère et de techniciens de télévision étrangers.

Conformément à la nouvelle législation, les services de Daniel Seaman transmettront tous les noms des journalistes au Shin Beth, qui examinera leur profil. Celui-ci a affirmé que cette mesure n'était pas préjudiciable à la liberté de la presse. Seuls les journalistes qui représentent une "menace pour le public" ou qui sont "liés à une organisation terroriste" se verront refuser le droit d'exercer en Israël, a-t-il ajouté. Actuellement, quelque 15 000 journalistes israéliens et étrangers ont une accréditation des autorités.

[1] l'assassion de Rabin, un juif d'extrême-droite, n'était pas, que l'on sache, titulaire d'une carte de presse...

(LDL)

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