Biens des absents

Le consulat de Belgique à Jérusalem confisqué puis revendu par Israël

Un litige, qui porte sur la propriété du bâtiment loué par le consulat belge à Jérusalem, oppose depuis des années la Belgique à l'Etat hébreu et a pris à la fin de 2008 une tournure politique.

La Villa Salameh, située à Jérusalem, appartient selon la Belgique à l'homme d'affaires palestinien Constantin Salameh et sa famille, qui ont fui la ville sainte pour le Liban en 1948, lors des violences judéo-arabes préludant à la création de l'Etat hébreu. Le palais art-déco, construit en 1930 par l'architecte Marcel Favier, passe pour l'un des plus beaux immeubles de Jérusalem.

Après son exil, l'homme d'affaires palestinien a loué le bien à la Belgique, qui en a fait la résidence de son consul général et a depuis lors toujours consciencieusement payé le loyer au propriétaire des lieux.

Toutefois, quelques mois après la naissance d'Israël, la Knesset a voté une "loi sur les absents", autorisant l'Etat à saisir les biens des Palestiniens en exil qui ne se seraient pas signalés dans les six mois. Là où ils se trouvaient, Salameh et la plupart des autres réfugiés étaient cependant incapables de faire valoir leurs droits.

C'est ainsi que la Villa Salameh est tombée dans l'escarcelle de l'Etat hébreu qui l'a vendue il y quelques années à l'homme d'affaires israélien David Sofer, qui réside à Londres.

"Propriétaire" de l'immeuble en vertu de la législation israélienne, celui-ci exige que lui soit versé le loyer de son bien et il réclame deux millions d'euros d'arriérés, alors que la famille Salameh se proclame toujours propriétaire du palais. La Belgique ne reconnaît cependant pas la validité de la "loi sur les absents" et refuse de se plier aux exigences de Sofer.

L'ambassadeur de Belgique en Israël a été convoqué en décembre 2008 au ministère israélien des Affaires étrangères, qui lui a signifié que le gouvernement israélien venait d'autoriser l'homme d'affaires à poursuivre la Belgique devant les tribunaux de l'Etat hébreu.

Selon le quotidien israélien Yediot Aharonot, cette décision hors du commun a été prise par le ministre de la Justice Daniel Frydman en personne, avec l'assentiment de sa collègue des Affaires étrangères Tzipi Livni. La diplomatie belge a pour sa part fait savoir à Israël que l'immeuble a, à ses yeux, été illégalement acquis par l'Etat hébreu et que l'affaire ne trouvera une issue que dans le cadre plus global d'une solution au conflit israélo-palestinien.

(LDL)

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