Caste

Une haute hiérarchie militaire très privilégiée

Amir Oren - Haaretz (13 avril 2014)

Le quotidien Ha'aretz s'est livré à une comparaison entre le statut financier de la hiérarchie de l'armée israélienne avec celle de l'U.S. Army, son partenaire privilégié, pourvoyeur des armements les plus sophistiqués (aux frais du contribuable étatsunien) et protecteur.

Conclusion : la haute hiérarchie militaire israélienne forme une caste très privilégiée au sein d'un Etat d'à peine 8 millions d'habitants (dont 20% d'Arabes, soigneusement tenus à l'écart de toute responsabilité en matière militaire) qui paie mieux ses officiers supérieurs que la première puissance mondiale comptant 314 millions d'habitants et entretenant 700 bases militaires réparties sur la planète entière.

A l'instar de la société israélienne dans son ensemble, l'armée est aussi extraordinairement inégalitaire : les disparités salariales y sont beaucoup plus fortes que dans l'armée des Etats-Unis.

Le chef d'état-major de l'armée israélienne, le Général Benny Gantz, a fustigé les critiques émanant des officiers de carrière en donnant une série d'interviews, selon un timing soigneusement calculé. Gantz a souligné le bas niveau des revenus des jeunes sous-officiers, qui sont au niveau des minima sociaux, et dont les bas salaires contribuent à faire baisser la moyenne des salaires versés par l'armée israélienne. Mais il n'a pas été, pour autant, jusqu'à réclamer une solde convenable pour les jeunes appelés à faire leur service militaire.

Gantz a raison lorsqu'il pose l'équation de base - Israël a besoin d'une armée technologiquement avancée, disposant de professionnels bien formés et entraînés qui considèrent leur rôle comme une mission, mais qui veulent aussi construire leur carrière et sont poussés (tant par eux-mêmes que par leurs familles) à valoriser au mieux leurs compétences et recherchent donc de meilleurs niveaux de rémunération dans le secteur privé.

Mais le chef d'état-major enfonce une porte ouverte. Les gros bonnets de l'armée israélienne gagnent déjà très largement leur vie, même si on compare avec l'armée des Etats-Unis. Les chiffres donnés ici les concernant se rapportent aux salaires mis à jour en 2012 - et depuis lors ils ont augmenté - tandis que les chiffres américains sont à jour. Et ils ont de quoi surprendre : les plus hauts gradés israéliens gagnent autant que leurs homologues d'Outre-Atlantique, et globalement il est plus profitable d'être un général israélien.

Dans la hiérarchie militaire israélienne, il y a trois équivalents au ranf de général et d'amiral : brigadier général, major général et lieutenant général. Dans l'U.S. Army, il y a des douzaines de généraux et d'amiraux "quatre étoiles". C'est le grade du président du "Joinbt Chiefs of Staff" et de ses adjoints, et des chefs d'état-major et des commandants des différents théâtre d'opérations dont les salaires sont les plus élevés : 21.147 USD par mois.

Même si le profil de carrière n'est pas identique dans chacune des deux armées, le résultat est similaire en termes salariaux et d'avantages. L'ancienneté de Gantz est calculée à partir de la date à laquelle il a été appelé sous les drapeaux comme simple conscrit, à l'âge de 18 ans. L'ancienneté d'un officier étatsunien - comme, le président du "Joint Chiefs of Staff", le Gen. Martin Dempsey par exemple - pour sa part, n'est prise en considération qu'à partir du moment où il sort de l'académie militaire de West Point avec un diplôme, à l'age de 22 ans. Et Dempsey prendra sa retraite à 62 ou 63 ans, alors que Gantz en fera autant à 55 ou 56 ans. Et si les deux généraux s'étaient avisés de comparer leur fiches de paie, lorsqu'ils se sont rencontrés à Tel Avis ce mois-ci, ils auraient constaté que Gantz est le mieux payé des deux.

Le salaire du chef d'état-major israélien est supérieur à celui de ses homologues à trois étoiles en poste au Pentagone, comme par exemple le chef des "ressources humaines" de l'U.S. Army le Lieutenant-Général Howard Bromberg, ou le chef d'état-major général de l'U.S. Air Force, le Lieutenant-général David Goldfein. Bromberg, qui est issu des rangs de l'armée de l'air, n'est pas loin de la retraite, tandis que Goldfein, un pilote de chasse, a encore tout l'avenir devant lui.

Un lieutenant-général israélien gagne 77.605 shekels par mois, alors qu'un lieutenant-général étatsunien en gagne 61.026 (sur base d'un taux de change de 3,5 shekels pour un USD). Le chef d'état-major israélien est mieux payé qu'un général étatsunien à quatre étoiles (69.167 shekels, soit 19.762 USD), et même que le président du "Joint Chiefs of Staff".

Un général de l'armée israélienne gagne 57.476 shekels, contre 50.183 shekels pour sont homologue américain. Un bridagier général israélien gagne 48.055 shekels, tandis que son confrère étatsunien en gagne 43.214 seulement.

Le paysage change quand on descend dans la hiérarchie militaire. A partir du grade de colonel - 38.853 shekels pour un Israélien, 37.954 pour un étatsunien - la tendance s'inverse : 29.021 shekels mensuels pour un lieutenant-colonel israélien, 30.362 pour le même grade dans l'U.S. Army.

La tendance s'accentue progressivement : 19.352 shekels mensuels pour un major israélien, mais 25.746 shekels pour un major U.S. Un capitaine dans l'armée des Etats-Unis gagne près de deux fois autant qu'un capitaine de l'armée israélienne ; 22.057b shekels pour le premier, contre 11.188 shekels pour le second.

Un lieutenant-général de l'armée israélienne empoche 13,7 fois plus qu'un second lieutenant, alors que le salaire du président de l'état-major général U.S n'est que 5,8 fois plus élevé que celui d'un second lieutenant étatsunien. La tension entre les plus haut et les plus bas revenus est donc sensiblement moins forte dans l'armée U.S. que dans celle d'Israël.

Le pouvoir d'achat du dollar U.S. est plus important que celui du shekels, mais sans l'aide militaire annuelle de 3 milliards de dollars que lui allouent les Etats-Unis, l'armée israélienne serait bien obligée de'imposer quelques sacrifices salariaux à ses plus hauts gradés afin de pouvoir continuer à acheter des armements.

La société israélienne serait bien inspirée de se montrer un peu plus généreuse envers ses soldats. Les sergents et les lieutenants risquent davantage leur vie que les généraux et en sont financièrement bien mal récompensés.

(LDL)

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