Ordures

Kedumim, une colonie qui sert aussi de décharge

Meron Benvenisti, Ha'Aretz( extraits), Tel·Aviv - Courrier International N°754 - 14 avril 2005

Coup de colère de Ha'Aretz contre le déversement en Cisjordanie de 10 000 tonnes d'ordures en provenance d'Israël.

Le scandale de la décharge d'im­mondices de Kedumim [une colo­nie proche de Naplouse en Cisjorda­nie] a des relents qui ne se limitent pas aux conséquences écologiques du déversement de 10 000 tonnes d'ordures israéliennes en plein milieu de la population palestinienne. En ef­fet, cette affaire est l'illustration par­faite de la manipulation et de l'hypo­crisie qu'exerce le pouvoir israélien dans les Territoires [palestiniens].

Le débat s'est focalisé sur les dommages qu'une telle pollution risquait de pro­voquer aux villages palestiniens et à leurs nappes aquifères. Mais ces cri­tiques, en dépit de leur pertinence, éludent une question essentielle. Quelle est-elle ?

Trois autorités muni­cipales des colonies de Kedumim, Kar­nei Shomron et Shomron - trois enti­tés frappées d'illégalité par le droit international et dont la création, voici vingt-cinq ans, avait pour but d'en­clencher un processus d'annexion se­lon un critère de préférence ethnique - contrôlent des terres volées à leurs propriétaires palestiniens.

Avec l'aval du gouvernement israélien, ces trois organismes ont monté une affaire des plus lucratives. Entre autres choses, les bénéfices engrangés sont affectés au service d'activités illégales comme la création de colonies illégales et l'or­ganisation de manifestations violentes. Outre ces profits, la décharge de Ke­dumim a une valeur politique enco­re plus essentielle que sa valeur éco­nomique. Chemin faisant, les colons prennent peu à peu le contrôle direct des Territoires. Le nombre de Juifs vi­vant dans les implantations de peu­plement [colonies] et l'extension de la surface bâtie ne sont donc plus les seuls critères valides d'évaluation de la réussite de l'entreprise d'annexion de terres.

Aujourd'hui, il est tout sim­plement plus efficace de délocaliser vers la Cisjordanie nos décharges et nos projets économiques dévoreurs d'espaces verts.

Au moment précis où notre attention se concentre sur l'évacuation des co­lons juifs de la bande de Gaza, c'est maintenant qu'éclate le scandale de Kedumim, une affaire qui démontre que le contrôle des ressources fon­cières n'est plus un moyen de bâtir des colonies mais une simple mé­thode financière destinée à piller la population palestinienne et à étouffer toute perspective de paix.

(LDL)

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