Mafia

Les riches heures anversoises de la mafia israélienne

Raf Sauviller - Courrier international - n° 741 - 13 janv. 2005

Les truands israéliens ont fait du grand port flamand leur plaque tournante internationale.

Ces derniers mois, la mafia israélienne sâest trouvée au coeur de lâactualité belge, et tout particulièrement flamande. Lâarrestation aux Pays-Bas, le 9 septembre [2004], dâItzik Abergil, lâun des chefs de la pègre israélienne, a mis la puce à lâoreille à un certain nombre de journaux et de magazines. Son interpellation et la demande dâextradition qui lâaccompagnait avaient en effet été demandées par la justice anversoise.

Mais câest cet étonnement qui est étonnant, car Anvers est depuis des années un terrain de choix pour la mafia israélienne. De même quâAnvers est depuis les années 1970 une base dâimportance pour les trafiquants néerlandais de marijuana, de haschisch et dâhéroïne, qui utilisent la ville portuaire pour expédier leur marchandise et blanchir lâargent de la drogue. La ville est ainsi devenue, dans les années 1990, la plaque tournante mondiale de lâecstasy. Câest à Anvers que les producteurs néerlandais dâecstasy et la mafia israélienne ont appris à se connaître.

Cette dernière, dans le sillage du crime organisé russe, sâest installée autour de la gare centrale, dans le quartier des diamantaires et en plein centre, sur lâavenue Keyserlei. Des affinités bien utiles, puisque cela a permis aux Israéliens de mettre la main sur les circuits intercontinentaux mis en place par les Néerlandais et servant à transporter lâecstasy vers lâAmérique du Nord, lâAustralie et le Japon.

Trois gangsters israéliens de gros calibre

Si lâon en croit les services de police américains, la pègre israélienne contrôlerait actuellement 75 % du trafic dâecstasy vers les Etats-Unis. Les tentatives des criminels tchétchènes, nigérians, serbes, colombiens et dominicains â qui opèrent depuis Gand et sont par ailleurs redoutables â de se tailler une petite part du gâteau des Israéliens nâont pour lâinstant pas donné grand-chose. Selon un policier anonyme dâAnvers, âœtous les criminels utilisent la violence, mais les Israéliens ont la réputation dâuser de violence extrême. Même les mafieux russes, qui sont à bien des égards leurs collègues et alliés, ont du mal à suivre. Un homme comme Itzik Abergil est dâune brutalité sans bornes. La moindre menace de concurrence ou erreur de la part de complices, le moindre mot de travers est puni par le sang. Itzik Abergil est donc redouté par tout le monde â ennemi comme ami. Et il sait soigner sa réputation.â

âœIl y a des dizaines de gangsters israéliens à Anversâ, précise notre source anonyme de la police dâAnvers. âœCertains sont arrivés ici légalement, dâautres sont dans la clandestinité. Que font-ils ? Tout : blanchiment, trafic de stupéfiants, extorsion de fonds et escroquerie. Le soir, ils sortent dans des cafés, des discothèques, des boîtes de striptease, des bordels et des salles de jeux. Comment les reconnaître ? Comme souvent les mafieux, ils se jettent sur le champagne, la cocaïne, lâecstasy et surtout le Viagra. Ces gars-là sont portés sur la chose et sont parfois précédés de cars entiers de prostituées et de callgirls.â

Parmi lâabondante offre criminelle israélienne dâAnvers, trois personnalités ont particulièrement réussi leur implantation. Il y a dâabord Jacob Orgad, dit âœCookieâ. Il a commencé sa carrière comme fournisseur de drogue et de femmes dâun luxueux réseau de prostitution hollywoodien. Une petite entreprise qui sâest effondrée en 1993 et qui a obligé Orgad à se reconvertir dans le trafic dâecstasy.

Notre homme se procurait lâessentiel de sa marchandise à Amsterdam, mais câest à Anvers quâil se fournissait enâ bagages. La luxueuse bagagerie de la famille S. est en effet réputée pour ses sacs de voyage et autres valises à compartiments secrets, spécialement confectionnés pour les diamantaires anversois. Orgad, lui, sâen servait pour transporter des comprimés dâecstasy. En avril 2000, il a été arrêté à New York.

Asher Doron, lui, est un ancien. Il opère sur la place anversoise depuis la fin des années 1980. En 1993, il a écopé de dix ans de prison pour une sombre affaire dâextorsion de fonds visant les diamantaires de la cité portuaire. Depuis, il sâest spécialisé dans le blanchiment dâargent sale, activité qui lui a récemment valu une nouvelle condamnation à dix ans de prison. Mais son empire anversois semble fonctionner sans quâil ait besoin dây prendre une part active.

Reste Itzik Abergil, sans doute lâhomme du moment dans le trafic de stupéfiants à lâéchelle internationale. Abergil a tout juste la trentaine et fait partie de la nouvelle génération de mafieux israéliens. Pendant un certain temps, Abergil a été surveillé par la police dâAnvers, mais il a été impossible de le surprendre dans des activités criminelles. Pourtant, son organisation se sert du port belge pour y déployer toute une gamme dâactivités criminelles : du vol de diamants au blanchiment dâargent, en passant par le trafic dâecstasy. Le jour de son arrestation, à Amsterdam, son avocat israélien, Sharon Nahari, est arrivé sans délai aux Pays-Bas. Quelques semaines plus tard, le 1er octobre, Abergil était libéré par un juge néerlandais pour âœvice de procédureâ et pouvait tranquillement sâenvoler pour Israël.

(LDL)

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