Biens juifs

Les victimes des nazis, chéries quand il s'agit d'exploiter leur martyre, plus du tout quand il s'agit d'indemniser leurs familles

Courrier International - 19 janvier 2005 -

Après quatre années d’enquête, une commission parlementaire israélienne conclut que "les banques israéliennes qui géraient des avoirs de Juifs européens morts dans les camps ont fait peu d’efforts pour rendre ces fonds à leurs descendants ou bien les ont incorrectement remboursés", note le New York Times.

Un rapport de cette commission a été remis mardi 18 janvier [2005] à la Knesset, le parlement israélien. Il établit que 9 000 personnes (des survivants ou leurs descendants) devraient obtenir des compensations de la part du gouvernement et des banques israéliennes pour un montant total de 31,5 millions de dollars. Cinq banques israéliennes sont concernées, dont la Banque Leumi, la deuxième du pays, pour 95 % des préjudices.

"Ce que nous avons découvert, en particulier l’attitude des banques, nous a dégoûtés. Ni l’Etat ni les banques ne se sont vraiment souciés de ce problème", a déclaré Colette Avital, députée travailliste et présidente de la commission. Et d’ajouter : "Au vu de ce que nous avons exigé d’autres pays dans la même situation, nous ne pensons pas que l’Etat d’Israël doive bénéficier d’un traitement de faveur."

En effet, le NYTimes rappelle que "sous la pression des Etats-Unis et d’Israël, les banques et les gouvernements suisse et autrichien ont dû lever le secret sur les comptes appartenant à des victimes et des survivants de l’Holocauste et verser des compensations". Ainsi la Suisse a payé 1,25 milliard de dollars.

Mais les banques israéliennes ne semblent pas prêtes à reconnaître leur responsabilité. Au contraire, depuis le début, elles ont tout fait pour entraver l’enquête de la commission. C’est ce qu’affirme Ha’Aretz dans une analyse. "Il est difficile de ne pas faire la comparaison", note le quotidien de gauche israélien. "A partir du moment où les banques suisses ont convenu d’un accord pour le paiement de compensations, elles sont restées silencieuses. Elles ne se sont pas permis de contester les conclusions et les procédures de remboursement. A l’inverse, les banques israéliennes ont négocié à chaque fois que l’occasion se présentait."

(LDL)

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