Biens juifs

Des banques israéliennes ont fait main basse sur l'argent des victimes des nazis

Serge DUMONT - Le Soir - 26 juin 2009

Le procès de la honte ». C’est ainsi que les chroniqueurs israéliens qualifient la procédure qui vient de débuter devant le tribunal de district de Jérusalem et au cours de laquelle la banque Leumi – 2e établissement bancaire de l’Etat hébreu – devra expliquer pourquoi elle refuse de restituer aux ayants droit des fonds déposés par des juifs européens victimes de la Shoah.

Dans le courant des années trente, sentant approcher la Deuxième Guerre mondiale, de nombreux juifs européens avaient déposé des fonds en Suisse, dans plusieurs autres pays neutres, mais également en Palestine où ils comptaient peut-être s’installer un jour. Après la défaite du nazisme, une partie de cet argent n’a jamais été réclamée. Quant aux survivants des camps nazis ou à leurs proches, ils se sont entendus opposer une fin de non-recevoir par la banque sous les prétextes les plus variés. L’une des excuses les plus fréquemment utilisées étant que les documents présentés par les clients, leurs héritiers ou leurs mandataires ne correspondaient pas aux inscriptions contenues dans les registres de la banque.

« Attitude méprisable »

Selon la Société pour la localisation et la restitution des biens des victimes de l’Holocauste (SLRH), un organisme officiel israélien créé en 2006 dans la foulée d’une enquête parlementaire diligentée par la députée travailliste Colette Avital, au moins 3.577 comptes dormants subsistent à la banque Leumi. Montant estimé des avoirs « oubliés » ? 60 millions d’euros plus les intérêts. Une somme à la laquelle s’ajoute le contenu de centaines de coffres.

Durant ses travaux, la Commission parlementaire avait par ailleurs découvert qu’avant la création de l’Etat hébreu, 60 % des fonds déposés à l’Anglo-Palestine Bank (le nom de la Leumi à l’époque) appartenaient à des juifs européens qui devaient ensuite être déportés.

Outre le SLRH, plusieurs organisations de survivants des camps poursuivent la Leumi. Dans les prochains jours, leur action va d’ailleurs s’étendre à quatre autres établissements bancaires israéliens qui refusent obstinément jusqu’ici, eux aussi, de pratiquer la clarté à propos des comptes dormants. « Leur attitude est d’autant plus méprisable qu’Israël a, dans le courant des années 90, joué un rôle non négligeable dans la restitution des avoirs juifs notamment déposés en France et en Suisse », explique Shlomo Ronen, l’un des plaignants. « J’espère que nous saurons également les faire balayer devant leur porte ».

(LDL)

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