Attentats

« La Mort a un gouvernement »

Nourit Peled-Elhanan - Le Soir du 15 décembre 2001 (Traduit de l'hébreu par Pascal Fenaux)

Nourit Peled-Elhanan a perdu sa fille de 13 ans dans un attentat commis en 1997 à Jérusalem. Elle a reçu le 12 décembre [2001] avec l'écrivain palestinien Izzat Ghazzawi le prix Sakharov 2001 pour la paix et la liberté de l'esprit décerné par le Parlement européen. Voici des extraits d'un texte écrit pour le « Yediot Aharonot » au lendemain d'un attentat meurtrier à Jérusalem, le 2 décembre.

Au lendemain d'une guerre, Dylan Thomas avait écrit un poème dont le titre hébreu est : « Et la Mort n'aura pas de gouvernement ».

En Israël, la Mort a un gouvernement. La Mort gouverne ici et ce gouvernement est un gouvernement de mort. C'est pourquoi, la chose la plus surprenante dans l'attentat de ce 2 décembre, comme dans tous ceux qui l'ont précédé, c'est que nous en soyons surpris.

La machine de propagande et d'endoctrinement israélienne a réussi à présenter ces attentats comme détachés de la réalité israélienne. Le récit présenté par les médias israéliens (et américains) est un récit dans lequel il y a des assassins « arabes » et des victimes israéliennes dont le seul péché est d'avoir demandé sept jours de trêve.

Pourtant, quiconque a suffisamment de mémoire pour regarder quelques années, quelques jours ou quelques heures en arrière, sait que l'histoire est tout autre. Il sait que le dernier attentat n'est que la dernière manifestation en date d'un enchaînement d'événements effrayants et sanglants qui n'ont pas cessé de se succéder depuis 34 ans et qui n'ont qu'une seule et unique cause : une occupation cruelle. Une occupation faite d'humiliations, de chômage, de démolitions de logements, de destructions de récoltes, d'assassinats d'enfants, d'incarcérations de mineurs sans jugement et dans des conditions effrayantes, de nouveau-nés qu'on laisse mourir aux barrages et, enfin, de duplicité politique.

La semaine passée, après l'assassinat d'Abou Hanoud, chefde l'aile militaire du Hamas, une journaliste du « Yediot Aharonot » m'avait demandé si je me sentais « soulagée » et si cela ne m'avait pas hanté de savoir « qu'un tel assassin se promenait en liberté ». Je lui avais répondu que je n'étais pas soulagée et que je ne le serais pas tant que les assassins d'enfants palestiniens se promèneraient en liberté. Les assassinats d'enfants, les assassinats de suspects sans procès ni jugement et, quelques heures avant les attentats du 2 décembre, l'assassinat d'un enfant palestinien de dix ans sont l'assurance que les Israéliens ne pourront plus laisser leurs propres enfants en sécurité sur le chemin de l'école. Chaque enfant israélien paiera la mort des cinq enfants palestiniens de Gaza tués par une bombe israélienne, comme celle d'autres enfants à Ramallah et à Hébron.

Les Palestiniens ont appris d'Israël que toute victime était vengée au décuple et au centuple. Ils ont déclaré à plusieurs reprises que, tant qu'il n'y aurait pas de paix à Ramallah et à Jénine, il n'y aurait pas de paix à Jérusalem et à Tel-Aviv. Cela signifie que les sept jours de calme ne doivent pas être respectés par les seuls Palestiniens, mais également par l'armée d'occupation israélienne. (...)

Mais les attentats-suicides servent la politique israélienne. Une politique qui voudrait qu'on oublie que la guerre actuelle est menée pour le bien des colonies et de la poursuite de l'occupation. (...)

(LDL)

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