Sectes

Les 'talibans juifs' : lobotomie, antisionisme, sexisme et pédophilie...

On a fait du chemin depuis que Marx proclamait : « La religion est l’opium du peuple ». Avec les sectes, on en est carrément à la lobotomie complète du cerveau. Exemple, le groupe ultra-orthodoxe « Lev Tahor » (« Cœur Pur »)

C’est l’histoire d’une secte à Jérusalem. Juive, la secte. Et ultra-orthodoxe, comme la plupart d’entre elles en Israël. Et comment est-on sûr qu’il s’agit bien d’une secte ? Facile : elle correspond aux principaux critères qui les définissent* :

  1. Le groupe est dominé par un gourou (rabbin miraculeux) au pouvoir absolu (surtout sur les femmes)
  2. Les membres s’isolent de la société, voire de leurs familles, et vivent selon des règles et lois de la secte, qu’elles soient légales au non aux yeux de la société
  3. Le gourou contrôle tous les aspects de la vie des membres, comment se vêtir, se nourrir, se marier, élever les enfants, etc.

On notera que les sectes juives ont une particularité assez rare au niveau financier : elles ne visent pas tant l’argent des membres que celui de la société. Hé bien, le groupe « Lev Tahor » (« Cœur Pur ») possède toutes ces caractéristiques :

Il est dirigé d’une main de fer dans un gant d’acier par le rabbin Shlomo Helbrans qui l’a créé en 1982, à 23 ans. Les familles qui en font partie s’excluent du monde israélien et vivent en « haredim » selon les plus strictes règles ultra-orthodoxes.

Lev Tahor n’aurait rien qui la différencie des autres sectes juives si son gourou n’avait imposé à ses femmes le port du tchador (qui ne laisse voir que le visage) et ce, dès l’âge de… 3 ans. Ce qui valut aux membres de la secte d’être illico surnommées les « talibans juifs »*

Brève célébrité : en 1990, la police israélienne ouvre une enquête sur les liens entre Helbrans, antisioniste pratiquant et les intégristes musulmans du futur Hamas. Le Maître de Lev Tahor ne fait ni une ni deux : il décampe aux Etats-Unis, à Brooklyn où il reconstitue sa secte.

Nouveaux soucis : en 1992, il est compromis dans une histoire aux relents pédophiles, ce qui lui vaut en 1994 une condamnation à 12 ans de prison. Il est gracié deux ans plus tard et expulsé en Israël. Qu’il fuit à nouveau quelques années après.

Direction cette fois, le Québec. Il y obtient le statut de réfugié politique « persécuté pour ses idées antisionistes ». La vie est belle et les programmes sociaux généreux. En 2003, il a reconstitué une communauté de 40 familles (dont 137 enfants).

Tout ce petit monde s’installe dans une petite ville à 100 km au nord de Montréal. La paix enfin pour les enfants de Dieu et d’Helbrans ? Oui, pour une dizaine d’années.

En 2013, après de nombreuses plaintes, la DPJ (Direction de la Protection de la Jeunesse) du Québec commence à enquêter sur la secte. Ses rapports sont accablants : outre la saleté et le manque d’hygiène, il y a la situation des gosses :
« Les enfants ne reçoivent qu'une éducation religieuse. Ils ne sont même pas capables de faire des additions et des soustractions » Des châtiments corporels sanctionnent tout manquement aux ordres du rabbin.

Ni fruits ni légumes pour les filles

Un couple qui a fui la secte raconte avoir vu un enfant de 7 ans recevoir des dizaines de coups de fouet. Etre de sexe féminin aggrave encore les choses : dans le monde selon Helbrans, filles et femmes sont des êtres impurs et inférieurs.

Aucune éducation ne leur est donnée et, selon une foucade du gourou, fruits et légumes leur sont interdits : elles n’ont le droit de manger que des pates, des œufs et du lait. Et dès 14 ans, il les marie à des hommes qui ont souvent le double de leur âge.

Fin 2013, la justice décide donc de placer 14 des enfants dans des familles d’accueil. Helbrans réagit comme à son habitude : avec 200 membres de sa secte, il fuit le Québec pour l’Ontario voisin… en laissant plusieurs dizaine de milliers de dollars de factures impayées.

Peut être, le gourou espérait-il qu’en passant d’un Etat francophone à un anglophone, il se perdrait dans les méandres des deux bureaucraties ? Raté : en février de cette année, un juge ontarien ordonne à son tour que tous les enfants soient enlevés à la secte.

Nouvelle débandade au début de ce mois de mars : neuf membres (dont six enfants) fuient à Trinidad-et-Tobago (Antilles), six autres au Guatemala. Sauf que les autorités antillaises refusent de les accueillir et les renvoient au Canada. Le Guatemala se tâte.

Mais, selon plusieurs témoignages, l’Amérique latine n’est de toute façon qu’une étape. Le gourou a conçu le plan mirifique d’envoyer tout son monde… en Iran. Là au moins, espère-t-il, on appréciera à sa juste valeur le mode de vie qu’il impose à ses femmes.

Autre avantage : il n’existe pas de traité d’extradition entre la République islamique et le Canada (ni, bien sûr, avec Israël). Bien sûr, il y a le risque que de réels changements démocratiques se produisent en Iran.

Dans ce cas, il se pourrait que les Iraniens soient tenté de signer au plus vite un tel accord, juste pour se débarrasser de ces réfugiés importuns. On les comprendrait : question cinglés, ils ont déjà tout ce qu’il leur faut chez eux….

Lundi 10 mars 2014

* http://www.info-sectes.org/pages/secte.htm ou http://www.unadfi.org/caracteristiques-des-sectes-selon
**Les spécialistes en tenues islamistes auront noté qu’elles portent en fait le tchador iranien alors que les Afghanes sont affublées d’une burqa (avec un grillage pour les yeux) mais l’Israélien moyen s’intéresse sans doute peu ces nuances.
(LDL)

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