Travail (marché du)

Le système néo-libéral a transformé le travail en punition et les travailleurs en esclaves

Avirama Golan - i24News

Alors qu'Israël fête ses 65 ans, l'Etat hébreu est aujourd'hui un pays où les citoyens travaillent plus et gagnent moins que les autres citoyens en Occident. Le Premier ministre et le ministre des Finances d'Israël arborent avec fierté le faible taux de chômage du pays, mais les données que publie aujourd'hui le bureau central de stratégie et le département d'enquête de la banque d'Israël montrent une image moins reluisante : la population active représente moins de 70% des israéliens, et environ un tiers d'entre eux travaillent à temps partiel, et donc à des salaires très bas. Chez les femmes, le tableau est encore plus négatif. Ceci est d'autant plus grave que l'âge augmente et que l'instruction recule.

Les Israéliens doivent faire face à un marché qui ne crée pas suffisamment d'emplois, qui est cruel et rapace. Il avale la force des jeunes (pour pas cher), et recrache les "vieux" lorsqu'ils ont entre 45 et 50 ans. La croissance relativement élevée n'est pas ressentie en bas de l'échelle, et les données de l'OCDE classent Israël à la première et triste place pour les écarts entre les riches et les pauvres. Sous le monde de la "Nation High Tech", se développe une pauvreté grandissante, et la population adulte en est la première victime.

Et cette semaine, le ministère du Trésor a annoncé que parce que l'espérance de vie augmente, et parce que le déficit de l'assurance sociale (Bituah Leumi) a explosé, il n'y aura pas d'argent pour payer les allocations retraites.

Cette information n'est pas vraiment nouvelle. Tous les observateurs économiques ont déjà commencé à pointer la gestion désastreuse des fonds du Bituah Leumi par le gouvernement, qui l'a entraîné vers un déficit dangereux. (…)

Que faire ? L'usage en Israël est en général de "chercher le coupable". Le gouvernement a déjà accusé les Arabes et les ultra-orthodoxes de oisiveté. Mais il est apparu assez rapidement que les employeurs ne veulent embaucher ni d'Arabes, ni d'ultra-orthodoxes.

Ces deux populations parviennent à créer une économie alternative qui n'est pas un fardeau pour l'économie, mais n'est pas non plus un moteur de croissance.

Quoi qu'il en soit, les accusations ne résolvent pas les problèmes. Et puis les fonctionnaires du ministère ont eu une nouvelle inspiration : relever l'âge de la retraite à 70 ans, ce qui n'existe dans aucun autre pays au monde. Les fonctionnaires du ministère du Trésor exposent leur proposition en des termes idylliques, comme dans une publicité pour les appareils auditifs ou pour les établissement résidentiels pour les personnes âgées : continuez de travailler, vous gagnerez plus et vous vivrez bien.

Sans surprise, la proposition a suscité un tollé considérable, non seulement dans la population, mais aussi chez les experts en économie. Sous la pression, le ministre des Finances est aujourd'hui enclin à renoncer à cette proposition sous peine de voir sa popularité auprès du public, disparaître dans les limbes. Dommage qu'il n'ait pas consacré une réflexion profonde sur cette question, dès le départ.

Tous s'accordent à dire que l'augmentation de l'âge de la retraite est une arnaque scandaleuse envers les épargnants. Il n'y a aucune chance que les employeurs qui préfèrent embaucher des jeunes de 30 ans moins chers que des adultes de 58 ans plus onéreux, engageront des personnes âgées de 65 ans et plus, parmi lesquelles des femmes - en particulier celles moins instruites qui ont exercées des emplois difficiles - seront jetées dans la pauvreté.

Et si l’objectif est de combler le déficit, les choses recommenceront dans dix ans.

Que faire alors ? Relever l'âge de la retraite à 90 ans ?

En raison de la hausse de l'espérance de vie, il n'y a, apparemment pas le choix : nous devrons tous travailler plus que ce qu'ont travaillé nos parents. Et nos petits-enfants devront épargner pour leur retraite presque dès la naissance.

Cela vaut en particulier pour les personnes en bonne santé et instruits qui peuvent continuer à travailler encore de nombreuses années, mais pas pour les travailleurs qui ont usé leur corps et leur âme au travail.

Dans tous les cas, on ne peut pas relever l'âge de la retraite, en Israël comme ailleurs, sans que l'État ne procède à de profonds changements sur le marché du travail. Il doit renforcer le filet de la sécurité sociale et sortir ceux qui n'ont pas réussi à intégrer le marché du travail de la pauvreté abjecte.

Le système néo-libéral a transformé le travail en punition et les travailleurs en esclaves. Mais les gens ne sont pas censés travailler jusqu'à la mort pour survivre avec difficulté les dernières années de leur vie. En Israël, où les citoyens ont perdu au cours des dernières années les derniers vestiges de la sécurité économique et sociale, il faut particulièrement insister sur le principe suivant : les gens ne devraient pas payer de leur sang toutes les stupides erreurs du gouvernement, même s'ils ont voté pour lui.

Avirama Golan est écrivaine, et journaliste. Elle dirige le Centre d'urbanisme et des cultures méditerranéennes à Bat Yam.
(LDL)

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