Réfugiés (juifs)

1939 : toutes les portes se ferment devant les réfugiés juifs, sauf pour une minorité fortunée. Aucun pays ne veut d'eux.

Nathan Weinstock (1969) - "Le sionisme contre Israël" - Editions Fr. Maspero p. 201 et suiv.

Aujourd'hui les pays occidentaux aiment afficher leur philosémitisme - tant en criminalisant l'antisémitisme ou tout ce qui peut (très souvent abusivement, à des fins de propagande) y être assimilé, qu'en accordant à Israël une impunité totale quand ses dirigeants accumulent les crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Ca ne coûte rien et ça peut même rapporter gros.
Mais à l'époque où les Juifs étaient soumis aux persécutions nazies en Allemagne et dans les territoires conquis par les armées d'Hitler, il ne s'en est pas trouvé un seul qui soit disposée à leur venir en aide en accueillant des réfugiés.

[…] les grandes lignes du Livre Blanc [britannique] de 1939 [font] droit à la plupart des revendications arabes tout en accompagnant ces concessions de dispositions restrictives qui réservent à l'Angleterre son rôle habituel d'arbitre obligé (l'indépendance du pays, prévue dans un délai de dix ans est subordonnées en termes passablement obscurs à l'acceptation à l'acceptation par le Yichouv du principe démocratique de la majorité, hypothèse improbable [*]).

Pour les cinq années à venir l'immigration est limitée à 75.000 personnes de sorte que la communauté juive puisse atteindre, selon les prévisions démographiques, un tiers de population palestinienne.

Après cette période transitoire l'immigration juive serait soumise à l'accord de la majorité arabe.

En février 1940 la législation sur les transactions foncières vient compléter le revirement politique britannique. Elle subdivise la Palestine en trois régions, les zones A, B et C. Dans la première, qui recouvre 63,4 % de la superficie du pays tout transfert de terres arabes aux juifs est interdit. Dans la seconde, qui comprend 31,6 % du territoire, ces opérations foncières sont soumises à une autorisation gouvernementale. La zone côtière et périphérie de Jérusalem constituent la région C, soit approximativement 5 % du sol palestinien, où les transmissions de biens fonciers en faveur de la population juive sont libres.

En fait, cette région est déjà entièrement colonisée par les immigrants sionistes, de sorte que cette clause n'a aucune portée en pratique.

La nouvelle politique britannique n'a vraisemblablement pas pris la direction sioniste au dépourvu. Depuis que la Commission Peel avait suggéré la partition du pays, les colons sionistes se sont visiblement appliqués à réaliser un certain nombre de fait accomplis destinés à renforcer leur position tant envers les arabes qu'à l'égard des Anglais. S'inspirent notamment de ce souci la fondation de colonies collectivistes au nord du pays pendant la révolte arabe et la mise à profit de la collaboration militaire avec les forces britanniques pour développer les milices juives.

Le coup d'arrêt donné au sionisme survient après l'occupation nazie de l'Autriche et de la Tchécoslovaquie. A l'horizon s'annonce la conquête de la Pologne. Dans ce dernier pays, une communauté juive de 3.300.000 âmes est menacée dans son existence même. Danger imminent qui affecte personnellement les juifs palestiniens : 40 % des immigrants venus après 1918 sont originaires de Pologne où ils ont laissé leurs proches. Que faire devant la catastrophe imminente ?

Toutes les portes se ferment devant les réfugiés juifs, sauf - parfois - pour une minorité fortunée. Aucun pays ne veut d'eux.

Au fur et à mesure que s'intensifient les persécutions raciales en Allemagne, les pays limitrophes renforcent la législation régissant l'accès au territoire des étrangers en situation irrégulière. Ces mesures visent spécifiquement les réfugiés du régime nazi et limitent singulièrement les conditions de séjour dans les Etats voisins.

C'est le cas en France des décrets-lois du 2 mai 1938, aux Pays-Bas, des mesures frappant spécialement cette catégorie de réfugiés édictées à la veille des hostilités, en Suisse, de la réglementation du 6 octobre 1938, en Belgique de l'arrêté-loi du 28 septembre 1939 permettant l'expulsion sans formalités des étrangers non autorisés à pénétrer dans le royaume (cf 4. Hermann Bekaert, Le statut des étrangers en Belgique, Tome I, Bruxelles. 1940, pp. 430. 449-450, 457 et 465).

En pleine guerre, il a fallu une vive pression de l'opinion publique pour que le gouvernement helvétique accepte d'héberger des réfugiés juifs d'Allemagne.

Des bateaux transportant des réfugiés de l'enfer nazi ont été contraints de rebrousser chemin après être parvenus au pied de la Statue de la Liberté. Le State Department a d'ailleurs pris en juin 1941 des mesures pour interdire l'accès du territoire des Etats-Unis aux rescapés de l'Europe occupée dont les proches parents vivaient dans le pays. Durant l'été 1939, le Saint-Louis qui avait embarqué 900 émigrants forcés à Hambourg, se voit refuser le droit de débarquer ses passagers dans l'île de Cuba, leur lieu de destination. Plusieurs de ces malheureux se sont suicidés dans la rade de La Havane avant qu'un petit nombre de pays n'aient finalement offert de les recueillir.

En 1943, par exemple, au moment où l'extermination du judaïsme européen bat son plein, 4.705 juifs seulement sont autorisés à émigrer vers les Etats-Unis. Depuis 1924 le Quota Act y avait limité le contingent annuel d'immigrants polonais (juifs et non-juifs) à 6.524 !

Seule la communauté juive de Palestine proclame publiquement sa volonté de recevoir les dizaines de milliers de réfugiés de l'enfer nazi et voici que l'Angleterre s'y oppose…

En dépit des démarches réitérées des autorités juives en 1944, les forces aériennes britanniques et américaines refusent de bombarder des voies de chemin de fer qui mènent à Auschwitz. Les obstacles techniques qui ont été invoqués pour justifier cette attitude n'étaient apparemment pas de nature à empêcher les bombardiers alliés de détruire les entreprises de fabrication d'huile et de caoutchouc synthétiques qui se trouvaient dans cette localité.

C'est pour protester contre cette scandaleuse complaisance des gouvernements alliés envers le génocide perpétré par les nazis que Zygelbojm, délégué du Bund dans le gouvernement polonais en exil, se suicide à Londres en 1943.

* l'objectif affiché par ce « Livre blanc » étant de porter progressivement la population juive à 33% du total de la population en Palestine mandataire, alors qu'évidemment l'objectif sioniste est une majorité juive
(LDL)

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