Cible

Le retour de la politique des "éliminations ciblées"

Article publié le 10 février 2014 par la chaîne d’information I24NEWS

La tentative d’assassinat du terroriste [*] djihadiste Abdallah Kharti à Gaza dimanche matin indique que la politique israélienne d’assassinats ciblés est tranquillement relancée, avance le quotidien israélien Haaretz lundi.

Israël n’a jamais dit qu’il cesserait de tuer des terroristes. Mais, depuis le lancement de l’opération Pilier de Défense en novembre 2012, il y a eu une forte baisse de ces attaques, compte tenu de la relative tranquillité le long de la frontière sud.

L’attaque sur Kharti, qui a été grièvement blessé, était la troisième tentative d’assassinat en deux semaines. Les deux opérations précédentes ont tué un autre terroriste et blessé un troisième.

Les trois individus avaient en commun d’être membres de cellules relativement indépendantes de petites organisations qui ne répondent pas au gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza, ou des membres de groupes dissidents.

Ce sont les terroristes que le renseignement israélien décrit comme «rebelles». Certains ont des liens avec des groupes qui font partie du jihad mondial, une coalition de factions faibles alimentées par les idées radicales d’Oussama ben Laden et Al-Qaida.

Ces terroristes ne sont pas vraiment considérés comme faisant partie du Hamas. En conséquence, la direction de Gaza répond généralement avec retenue quand ils sont attaqués, et souvent une telle tentative d’assassinat ne conduit pas à une attaque de représailles pouvant conduire à une autre réponse militaire israélienne.

Ces derniers cas, cependant, ne sont pas des attaques sur une cellule qui s’apprêtait à tirer des roquettes sur Israël – le Hamas a tendance à accepter de telles attaques dans le cadre des règles du jeu – mais une attaque délibérée sur une personne qui avaient déjà été impliquée dans des tirs de roquettes ou d’autres attaques.

Ces mesures ont un double objectif: le règlement des comptes pour les crimes passés, et contrecarrer les activités terroristes dans l’avenir. Israël a choisi de mener ces actions maintenant parce que les tirs périodiques de roquettes sur le Néguev se poursuivent.

Selon Haaretz, l’armée cherche à tâtons une réponse appropriée. Elle fait monter et descendre la pression sur le Hamas en fonction de l’évolution des événements, dans l’espoir que cela, combiné avec la pression de l’Egypte, va ramener le calme dans la région frontalière [**].

Par ailleurs, selon une analyse publiée lundi sur le site d’information israélien JPost, l’attaque ciblée contre Kharti n’était pas une riposte directe contre les nombreuses roquettes palestiniennes tombées sur le sud d’Israël ces derniers jours.

Selon des sources de sécurité, citées par le JPost, il avait été décidé que Kharti serait liquidé par des raids dès que le moment opportun se présenterait.

Gaza est une base non seulement pour le Hamas et le Jihad islamique, mais aussi pour un nombre croissant de groupes affiliés à Al-Qaïda. Selon les estimations des services secrets israéliens, il y a des centaines de jihadistes salafistes armés de roquettes à Gaza, et beaucoup se déplacent régulièrement entre le Sinaï à Gaza.

Kharti était considéré par le renseignement israélien comme un maillon essentiel dans un réseau terroriste salafiste djihadiste qui couvre la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï. Selon les données du renseignement, Kharti a joué un rôle central dans la mise en place de l’infrastructure terroriste dans le Sinaï, qui a consisté en en des tirs de roquettes sur Eilat ces derniers mois – la plus récente attaque, lancée le 31 janvier [2014], a été interceptée par la batterie anti-missile Dôme de fer.

Le Hamas tente de persuader ces factions de s’abstenir de provoquer une réponse israélienne contre le régime de Gaza, mais a également indiqué aux groupes qu’ils sont par ailleurs libres d’attaquer Israël à leur guise.

Le mouvement est engagé dans un acte d’équilibrage dangereux, entre des objectifs à court terme qui sont d’une part de prévenir une confrontation avec les groupes salafistes, et d’autre part d’éviter la colère d’Israël et l’Egypte.

* le terme "terroriste" est celui utilisé par i24 NEWS, qui reprend à son compte la terminologie officielle israélienne. Il est évident qu'elle doit être interprétée de manière critique et avec la plus grande réserve, non seulement dans cet article mais d'une manière générale. NDLR

** L'expression "région frontalière" est totalement impropre, la Bande de Gaza n'étant pas indépendante (c'est toujours, aux regard du droit international et aux yeux de l'ONU, un territoire occupé par Israël, dont le "désengagement" a débouché sur une modification des modalités de l'occupation - qui est devenue "périphérique" et non plus intérieure - mais non sur la fin de celle-ci. Cette modification du "modus operandi" répond exclusivement à des préoccupations de l'occupant (réduire le coût de l'occupation en termes militaires et financiers) et en aucune manière de la population concernée.
(LDL)

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