Démocratie

L'aveu de Sharon : « Il n’a jamais été question d’État démocratique »

« Démocratie et État juif », Yediot Aharonot, 28 mai 1993. cité par Courrier international, 12 janvier 2006.

« Nos grands-parents et nos parents ne sont pas venus ici [en Israël] pour bâtir une démocratie. Tant mieux si elle est préservée, mais ils sont venus ici pour créer un État juif. […] Le sionisme n’a jamais prôné la démocratie, mais la création en Palestine d’un État juif appartenant à tout le peuple juif et à lui seul. Cette contradiction entre le retour à Sion et les fondements de la démocratie est connue depuis longtemps. Aux yeux des Arabes et de leurs alliés, il n’est évidemment pas démocratique d’offrir un pays à des millions d’étrangers contre la volonté de ses autochtones. Imposé par la force par des étrangers qui y ont émigré illégalement, cet État est entré en guerre contre les autochtones, a conquis leurs villes et les a encouragés à partir, quand il ne les a tout simplement pas exilés., écrivait Ariel Sharon en mai 1993.

« En novembre 1947, la décision de l’ONU de partager la Palestine a été prise en contradiction flagrante avec la volonté des Arabes palestiniens, qui constituaient encore l’écrasante majorité de la population. A des Juifs qui ne formaient que le tiers de la population, les Nations unies allouaient 55 % du territoire. Le sionisme et la communauté internationale ont ainsi agi en violation des principes démocratiques, tout en en respectant l’esprit et en appuyant le principe du droit historique du peuple juif sur la terre des Patriarches. Cela signifie permettre la poursuite de l’immigration de millions de Juifs en Israël et la colonisation du pays dans sa totalité.

« Depuis toujours, les Arabes d’Israël-Palestine estiment avoir un droit légitime sur ce pays. Parmi eux, les modérés sont peut-être prêts à reconnaître des droits aux Juifs, mais seulement s’ils sont subordonnés à ceux des Arabes. A leurs yeux, l’idéal sioniste d’immigration et de souveraineté juives est une “agression criminelle” qui doit être contrecarrée afin de permettre aux “propriétaires légitimes” d’exercer leur souveraineté, au besoin en n’y tolérant qu’une présence juive minime. L’allégeance de la majorité des Arabes d’Israël, de leurs hommes politiques et de leurs députés ne va pas à Israël, mais à l’intérêt des Arabes palestiniens. Cela ne découle pas d’une haine d’Israël ou d’une volonté irrationnelle de le détruire, mais d’une simple prise en compte d’un devoir national élémentaire.

« Permettre aux députés arabes israéliens de décider du sort d’Israël est une illusion dangereuse. Des questions aussi cruciales qu’un retrait du Golan ou l’instauration d’une autonomie palestinienne en Judée-Samarie [1] (c’est-à-dire un second État arabe palestinien après la Jordanie) sont du seul ressort des Juifs, pas des Arabes israéliens. Une application aveugle des principes démocratiques revient à donner raison au nationalisme palestinien. C’est le contraire de la démocratie, c’est un suicide national, un couteau entre les mains de ceux qui, s’ils respectent les intérêts de leur peuple, ne peuvent que devenir nos futurs bourreaux. Nos leaders – Zeev Jabotinsky, Ben Gourion, Golda Meïr et Yigal Allon – ne nous ont pas donné ce droit. »

[1] expression utilisée en Israël poiur désigner la Cisjordanie occupée depuis 1967.
(LDL)

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