Démocratie

Elections locales israéliennes : la "seule démocratie (autoproclamée) du Moyen-Orient" dans un triste état

LDL - http://www.cclj.be/article/2/4943

Israël vient d’élire ses maires et ses conseils municipaux [en octobre 2013], les premiers au suffrage universel direct, les seconds à la proportionnelle. Le tableau qui se dégage le lendemain de ce scrutin est peu flatteur pour la démocratie israélienne. C'est la constatation faite [1] par Elie Barnavi, l'homme qui réussit l'exploit de passer pour un homme de gauche après avoir été ambassadeur d'Israël à Paris à l'époque du gouvernement d'Ariel Sharon.

En effet, note-t-il, la moitié seulement des électeurs israéliens se sont déplacés pour aller aux urnes, un peu plus de 36% à Jérusalem, moins de 33% à Haïfa et seulement 28,7% à Tel-Aviv, la ville hyperactive qui-ne-dort-jamais. «Pis, l’indifférence à l’égard du devoir civique minimal est surtout l’affaire de ceux qui sont censés constituer l’épine dorsale de la démocratie libérale : les classes moyennes urbaines éduquées, notamment les jeunes, autrement dit ceux qui sont prompts à dénoncer le "système" et, à l’occasion, à descendre dans la rue pour manifester contre lui.»

«Autrefois, l’Israélien, animal politique enthousiaste et grand lecteur de journaux, affichait des taux de participation enviables. Ce n’est plus le cas que des Juifs ultra-orthodoxes qui, disciplinés par leurs rabbins, votent toujours en masse, et comme un seul homme.»

«Plus inquiétant encore, le succès éclatant de trois maires mis en examen pour corruption et sommés de démissionner à la veille du scrutin par la Haute Cour de Justice. Shlomi Lahiani, maire de Bat Yam, une grosse ville au sud de Tel-Aviv, Yitzhak Rochberger, maire de Ramat Hasharon, une banlieue cossue au nord de la métropole, et Shimon Gipso, maire de Nazareth Illit, ce dernier s’étant par ailleurs distingué par ses diatribes racistes contre les Arabes, ont été reconduits sans coup férir par les électeurs. Certes, les trois hommes avaient la lettre de la loi pour eux : à la différence des ministres, la mise en examen n’empêche pas les maires de concourir.»

Barnavi voit cependant deux "bonnes nouvelles" : «L’une est le maintien des positions de la gauche dans ses bastions traditionnels de Haïfa et Tel-Aviv», mais il est difficile quand même de le suivre sur ce terrain, sachant ce qu'est devenue la "gauche" israélienne, si tant est que cette expression ait encore un sens quelconque.

L'autre est, selon Elie Barnavi, «la baisse d’influence des partis juifs "ethniques", le Shass d’Aryeh Deri et Israël Beitenou d’Avigdor Lieberman. Ces deux-là, que tout sépare sinon la soif de perdurer au pouvoir, ont conclu une alliance contre nature pour s’emparer de la mairie de Jérusalem en poussant en avant un certain Moshé Léon, ex-directeur de cabinet de Netanyahou. Que ce terne apparatchik du Likoud au charisme d’huître, non-résident de Jérusalem et dont la campagne fut un chef-d’œuvre de nullité, ait réussi à réunir sur son nom plus de 45% de votes en dit long sur les mœurs politiques de la capitale.»

(LDL)

Les titres et intertitres sont de la rédaction du site