KKL

Le KKL, une curieuse « ONG »

Henri Goldman - Blog de l'auteur

Pourquoi s’acharne-t-on – une fois de plus – sur notre brave prince Laurent ? Où est le mal d’avoir accepté d’être honoré par cette sympathique et inoffensive ONG qu’est le Keren Kayemeth Leisraël, cette « fondation historique prestigieuse qui s’occupe avant tout d’environnement » comme l’explique benoitement le porte-parole de Didier Reynders qui, en sa qualité de ministre des Affaires étrangères, a accordé l’autorisation au Prince. D’ailleurs, comme preuve qu’il ne s’agit pas d’une officine étatique, on rappelle que sa création date de… 1901, soit bien avant la proclamation de l’État d’Israël en 1948.

C’est vrai. Le KKL n’est pas une émanation de l’État d’Israël… car en réalité c’est l’inverse. Le Keren Kayemeth Leisraël (en hébreu, « Fonds pour l’existence d’Israël ») a été créé par le mouvement sioniste et son fondateur Theodor Herzl pour être « le bras exécutif du peuple juif pour la rédemption et le développement de la terre d’Israël ». Comme indiqué dans une brochure publicitaire destinée à récolter des fonds, « sa vocation était de racheter des terres au nom du peuple juif, en prévision de l’installation des pionniers et du rétablissement d’un Etat juif. Mais très vite, ses attributions se sont diversifiées pour répondre aux exigences du projet sioniste. »

Dans toutes les familles juives traînait quelque part le célèbre tronc rectangulaire bleu et blanc du KKL où chaque Juif conscient était invité à apporter son écot à cette œuvre de « rétablissement ». Dessus était dessinée la carte de la Terre promise, qui à ce moment-là n’avait pas de frontières. Elle n’en a d’ailleurs toujours pas, puisque la « ligne verte » (les frontières de 67 de l’État hébreu) n’était qu’une ligne de cessez-le-feu provisoire aux yeux des dirigeants israéliens. Depuis lors, le Golan et Jérusalem-est ont été annexés tandis qu’à propos de la Cisjordanie, d’autres projets s’échafaudent… [1]

Et le KKL a suivi. Avec l’occupation, les achats de terre ont repris. Le partage des rôles est le suivant : l’armée chasse les Palestiniens de leurs terres pour des raisons de sécurité ou leur rend à ce point la vie impossible qu’ils souhaitent partir « volontairement ». À ce moment-là intervient le KKL qui se charge d’acheter régulièrement ces terres à leurs légitimes propriétaires qui ne peuvent de toute façon plus rien en faire. Et, sur ces terres récupérées « au nom du peuple juif », des nouvelles colonies s’érigent.

Attention : au KKL, on ne fait pas de politique. Les achats de terres auquel il procède n’interviennent que dans ce qu’il appelait finement les « zones consensuelles », c’est-à-dire les gros blocs de colonies (Ariel, Maale Adunim, Gush Etzion) qui semblent promises à une annexion ultérieure en bonne et due forme.

Mais, c’est vrai, le KKL ne fait pas que ça. Il organise aussi des excursions cyclistes et pédestres dans tout le pays. Enfin, tout le pays… élargi. La carte et les itinéraires décrits ne laissent aucun doute sur l’étendue du territoire concerné. Pas de crainte à avoir : les pistes cyclables empruntées pour faire le tour des « Judean highlands » sont bien sécurisées. Les potentiels perturbateurs, en l’occurrence palestiniens, seront refoulés sur un réseau séparé.

[1] NDLR - à noter que le KKL, outre les terres, se préoccupe aussi activement de l'accaparement par Israël des ressources en eau. L'organisation fait état sur son site de la construction à son initiative de 220 réservoirs d'eau permettant de détourner au profit de l'agriculture israélienne 260 millions de mètres cubes d'eau par an (la moitié du total de l'eau consommée par les agriculteurs israéliens, tandis que l'agriculture palestinienne est, stricto sensu au régime sec.

(LDL)

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