Lobby pro-israélien

La peur, unique arme du lobby pro-israélien aux Etats-Unis ?

James Abourezk - http://www.voltairenet.org/article144300.html

[â] Mon expérience vécue me permet de vous dire que le soutien dont Israël jouit, en tous cas au Congrès, (ailleurs, je ne sais pasâ) est entièrement dû à une peur politique â la peur de perdre les élections, qui habite quiconque ne voudrait pas que la volonté dâIsraël soit faite. Je peux aussi vous dire que les membres du Congrès â tout au moins durant la période où jây étais â qui en pincent sincèrement pour Israël ou pour son lobby se comptent sur les doigts dâune seule mainâ Ce que les parlementaires ressentent, au plus profond dâeux-mêmes, vis-à-vis dâIsraël et de son lobby, câest un insondable mépris. Mais ce mépris est étouffé par leur peur que leurs véritables sentiments ne soient percés au jour.

Si vous saviezâ jâai surpris tellement de conversations de vestiaire, dans lesquelles des sénateurs exprimaient sans fard lâamertume que leur cause le fait dâêtre menés par le bout du nez par ce lobbyâ

En privé, on peut entendre le dégoût que leur inspirent Israël et les manœuvres tacticiennes de son Lobby, mais aucun sénateur ne prendre jamais le risque de se mettre ce lobby à dos en rendant public ce quâil pense réellementâ

Aussi, je ne peux imaginer quâil y ait, de la part de membres du Congrès, une quelconque volonté de promouvoir un quelconque rêve impérialiste états-unien en se servant dâIsraël comme pitbull. Les seules exceptions à cette règle, ce sont les sentiments de membres juifs du Congrès, lesquels, à mon avis, sont sincères, dans les efforts quâils déploient afin que lâargent des États-Unis continue à se déverser à flots en Israël. Mais câest une petite minorité, bien incapable de décider de la politique impériale des États-Unisâ

Ensuite, ce lobby est très clair, dans ses efforts visant à éradiquer au sein du Congrès toute opposition à la politique de soutien inconditionnel dâIsraël, qui va même souvent jusquâà porter atteinte à dâautres budgets annuels de lâÉtat. Quand bien même cette opposition se réduirait-elle à une seule voix, elle est attaquée â je le sais : cela mâest arrivé ! Pourquoi ? Eh bien parce que si le Congrès est totalement silencieux sur la question, la presse nâaura aucun sénateur dissident à citer : bonne manière, de surcroît, de museler totalement la presse !

Tous les journalistes ou éditeurs de journaux qui franchiraient la ligne jaune sont très rapidement ramenés dans le droit chemin par une pression économique extrêmement bien organisée à lâencontre du journal surpris en train de pécher.

Il mâest arrivé dâeffectuer un voyage dâétudes au Moyen-Orient. Jâavais invité à mâaccompagner un ami journaliste, qui travaillait pour des journaux du groupe Knight-Ridder. Il écrivait honnêtement sur ce quâil voyait, en ce qui concerne les Palestiniens et la situation dans plusieurs pays limitrophes dâIsraël. Mais les directeurs du quotidien St. Paul Pioneer reçurent des menaces de plusieurs de leurs principaux annonceurs publicitaires, lâavertissant quâils supprimeraient leurs insertions publicitaires au cas où ce journal continuerait à publier les articles de ce journaliste â leçon très vite assimilée par les responsables du quotidien...

En ce qui concerne les positions de plusieurs agences administratives sur la question dâIsraël, il y a deux choses qui est susceptible de les ramener dans le « droit chemin » : la pression de membres du Congrès, qui transmettent la pression émanant des exigences de lâAIPAC [1], dâune part, et, dâautre part, le désir qui est celui du président des États-Unis et de ses conseillers de protéger leurs partis politiques respectifs de succomber à cette pression.

Je nâai pas souvenance dâune seule situation où une quelconque administration ait perçu le besoin que la puissance militaire dâIsraël fasse la promotion dâintérêts impériaux états-uniens. En réalité, comme nous lâavons vu lors de la Guerre du Golfe, lâimplication dâIsraël a été au détriment de ce que Bush père voulait faire, dans cette guerre. Vous vous en souvenez sans doute : ils avaient dû supprimer toute contribution israélienne, aussi modeste eût-elle été, à la coalition, afin que celle-ci nâéclate pasâ

Quant à lâargument selon lequel nous aurions besoin dâutiliser Israël comme base pour des opérations états-uniennes, je nâai connaissance dâaucune base états-unienne de cette natureâ Les États-Unis disposent de suffisamment de bases, et de flottes, militaires, dans la région, pour être à même de faire face à nâimporte quel type de requête militaire, sans avoir besoin de faire appel à Israël. En fait, je ne vois pas une seule occasion où les États-Unis pourraient bien avoir besoin dâimpliquer Israël militairement, de crainte de se mettre à dos leurs alliés actuels, comme, par exemple, lâArabie Saoudite et les Émirats Arabes Unisâ

Lâopinion publique de ces pays ne laisseraient pas leurs monarchies maintenir leur alliance avec les États-Unis, dès lors quâIsraël entrerait dans le jeuâ

Jâimagine quâil est loisible dâimaginer que lâencouragement donné par Bush à Israël dans son agression militaire contre le Liban, cet été, aurait résulté de quelque impératif impérial, mais ce nâétait, en réalité, quâune simple extension de la politique traditionnelle états-unienne dâaide à Israël, sous lâeffet de la pression incessante de son lobby. De fait, je nâai entendu strictement aucune voix sâopposant à lâinvasion du Liban par Israël, cet été (à lâexception du seul Chuck Hagel). Le Liban a toujours été un « pays à jeter », aux yeux du Congrès. Comprendre que quoi quâil puisse bien sây passer, cela nâa strictement aucun effet sur les intérêts états-uniens.

A-t-on dâailleurs jamais entendu parler dâun lobby libanais ? ! ? Câétait déjà le cas, en 1982 : le Congrès est resté muet comme une carpe, au sujet de cette cuvée dâinvasion israélienne du Libanâ

Je pense quâau fond du fond du cœur tant des membres du Congrès que des responsables des agences gouvernementales, ils préfèreraient ne pas avoir un Israël qui pourrit la vie aux responsables de la politique étrangère états-unienne â politique consistant pour lâessentiel à assurer lâécoulement régulier du pétrole en direction du monde occidental afin dâéviter une récession économique. Mais ce que font nos décideurs politiques, en réalité, consiste à juguler la pression que ce lobby exerce sur eux afin quâils soutiennent Israël, tout en dissuadant les pays pétroliers de couper le robinet du pétrole aux pays occidentaux. Jusquâici, ils y ont réussi. À lâexception du roi Fayçal et de son embargo pétrolier, il nây a plus jamais eu de dirigeant saoudien capable de tenir tête à la politique des États-Unis.

Par conséquent, je pense que le désinvestissement, et en particulier la suppression des aides à Israël, aurait pour résultat immédiat la renonciation dâIsraël à la Cisjordanie et à la bande de Gaza, au profit des Palestiniens. Une pression de cette nature, cela marcherait, je pense, car lâopinion publique israélienne serait tout à fait à même de comprendre la raison de ses difficultés, et elle exigerait quâun accord de paix soit immédiatement conclu avec les Palestiniens. Cela marcherait, en raison de la démocratie israélienne; on nâest pas dans la situation dâune dictature, dans laquelle lâopinion publique ne pourrait pratiquement rien faire pour changer lâattitude de ses dirigeants. Le principal objectif de ce lobby, câest la continuité du flot dâargent qui se déverse du Trésor des États-Unis vers Israël.

Pour cela, il lui faut un Congrès docile et une administration complaisante. Comme lâa dit un jour Willie Sutton : « Câest là quâest le fric ! »

Traduction Marcel Charbonnier
* Sénateur du Dakota du Sud de 1973 à 1979
(LDL)

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