chiffon (de papier)

Ce que "feuille de route" veut dire

Le Monde Diplomatique - avril 2003

Alors que les Etats-Unis s'apprêtaient à attaquer l'Irak, le président George W. Bush redécouvrait brusquement le conflit israélo-palestinien. Dans un discours prononcé le 14 mars 2003 (1), il promettait de rendre publique «la feuille de route» (2), adoptée par le Quartette (Etats-Unis, Russie, Union européenne et Nations unies)... fin décembre 2002.

Le texte, qui avait fait l'objet de longues tractations, prévoyait la création, en 2003, d'un Etat palestinien avec des frontières provisoires et d'un Etat palestinien «définitif» en 2005. Selon les versions non officielles reproduites par la presse arabe, le Quartette proclamait que la solution devant aboutir à la «fin de l'occupation qui a commencé en 1967» serait fondée sur la conférence de Madrid (1991), le principe de l'échange de la paix contre les territoires, les résolutions 242, 338 et 1397 du Conseil de sécurité, sur tous les accords auxquels étaient déjà parvenues les deux parties, ainsi que sur l'initiative du prince héritier Abdallah approuvée par le sommet arabe de Beyrouth de mars 2002.

Durant la première phase de la mise en oeuvre de «la feuille de route» - qui devait s'achever en... mai 2003 -, la violence prendrait fin, l'Autorité palestinienne poursuivrait sa réforme politique, les troupes israéliennes se retireraient des territoires qu'elles occupent depuis le 28 septembre 2000 (date du début de la seconde Intifada) et Israël arrêterait toutes les activités de colonisation. Si, avant même sa proclamation, les Palestiniens ont avancé sur la voie préconisée - notamment avec la nomination d'un premier ministre en la personne de M. Mahmoud Abbas (Abou Mazen) -, le gouvernement israélien poursuit, sans aucune entrave, sa politique d'écrasement des Palestiniens, de leurs institutions, de tous les cadres de la vie normale.

Car la vraie question que pose «la feuille de route» est de savoir si les Etats-Unis sont prêts à exercer sur le gouvernement israélien les pressions qu'ils appliquent sur l'Autorité palestinienne. Sont-ils prêts à instaurer des mécanismes d'application qui permettraient de mesurer les avancées et les blocages ? Peut-on espérer, demain, un changement de Washington après «une victoire» en Irak ?

Rien n'est moins sûr, tant l'administration américaine est peuplée de responsables, de M. Paul Wolfowitz à M. Richard [Dick] Cheney, qui pensent, avec le président Bush, que M. Ariel Sharon est «un homme de paix».

D'ailleurs, dans son discours, et en violation de ce qui avait été prévu au Quartette, le président Bush a demandé aux deux parties des «contributions » à «la feuille de route». Le premier ministre israélien a déjà annoncé qu'il en avait une centaine à faire, ce qui signifie qu'il espère, une fois de plus, réduire les propositions de la communauté internationale à un chiffon de papier...

(1) « Feuille de route » pour la paix au Proche-Orient (30/04/2003)
(LDL)

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