Israélien

Le sionisme nie l'existence d'un peuple israélien

Schlomo SAND - L'Humanité (15 avril 2009)

Scholomo Sand : Je suis très israélien. Je suis dâorigine juive. Le capital symbolique que jâai nâest pas européen, il est surtout israélien. Les premiers mots dâamour que jâai prononcés étaient en hébreu ! Il est intéressant de constater que le sionisme ne reconnaît pas de peuple israélien. Il continue de parler de « peuple juif ». Donc, ni le nationalisme arabe ni le sionisme ne reconnaissent le fait quâau Proche-Orient est née une société, une culture et même, on peut dire, un peuple nouveau, qui parle une langue. Pourtant, il nây a pas un cinéma juif mais un cinéma israélien. Il nây a pas un théâtre juif mais un théâtre yiddish. Il nây a pas de littérature juive mais une littérature israélienne. Pourquoi le sionisme se comporte-t-il tellement mal vis-à-vis de sa propre création ? Pour le sionisme, de gauche comme de droite, la société israélienne est une branche du peuple juif. Pour le nationalisme arabe câest aussi une branche dâune invasion juive au Proche-Orient. Câest le même concept, qui ne veut pas reconnaître les faits.(...)

Le Juif nâest pas une essence. Câest une grande religion. On ne peut pas comprendre les cultures du monde occidental (au sens « non asiatique ») sans le judaïsme, sans la présence de la religion juive. Mais le judaïsme nâa jamais été un peuple, toujours une religion prosélyte. Je pense que lâorigine de 80 % des Juifs au XXe siècle est de lâEurope de lâEst. Ils sont plutôt khazars et slaves. Donc lâorigine du judaïsme est plurielle.

En Israël, nous avons un régime profondément non démocratique parce que câest un régime qui ne cherche pas à servir la société mais lâethnie juive dans le monde, câest-à-dire ce nâest pas un État des Israéliens. On ne dit pas Israël appartient aux Israéliens. Pas du tout. Il appartient à Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy plus quâà mon collègue de lâuniversité qui est originaire de Nazareth. Cette contradiction profonde de la citoyenneté israélienne va le faire éclater et câest en contradiction avec toutes les raisons historiques que jâai avancées dans mon livre. En Israël, souligner que Juif est une ethnie définit un État qui nâest pas « démocratique » mais « ethnocratique ». Mais BHL et Finkielkraut ne veulent pas vivre sous la souveraineté juive.

Câest donc un État qui a beaucoup de problèmes, qui occupe un autre peuple sans aucun droit, se définit comme un État qui ne sert pas ses propres citoyens.

(LDL)

Les titres et intertitres sont de la rdaction du site