Antisémitisme

Du rapport entre la largeur des trottoirs de Paris et l'antisémitisme

Françoise Chirot - "Le Monde" - 20 novembre 2003

Le maire de Paris doit faire face à une fronde des commerçants de la rue des Rosiers, dans le 4e arrondissement. Ceux-ci protestent contre les projets de réaménagement de la chaussée et évoquent la "destruction de la mémoire juive".

Le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, devra déployer toute sa diplomatie, jeudi 20 novembre [2003], lors de son compte rendu de mandat dans le 4e arrondissement face à la fronde qui se manifeste autour du projet qui ferait de la rue des Rosiers une voie semi-piétonne.

D'autant qu'à la veille de cette réunion, certains commerçants ont dramatisé la situation en affichant sur leurs boutiques des calicots sur lesquels on lit "Non à la destruction de la mémoire juive", ou "Non à la destruction du plus vieux quartier juif de Paris".

Le projet de Dominique Bertinotti, maire (PS) du 4e arrondissement, consiste à rendre piétonne la rue des Rosiers le dimanche après-midi, d'en réaménager la chaussée, notamment en supprimant les trottoirs, d'inverser le sens de la circulation des rues alentour de manière à empêcher les automobilistes de tourner en rond. Car riverains et commerçants sont d'accord sur un point : il y a des moments où cette rue est infernale, particulièrement le dimanche.

Scooters pétaradants, bruits de klaxon, bruits des conversations animées des jeunes en visite dans le quartier et même, parfois, violences et incivilités. Quant aux trottoirs, trop étroits, il est bien difficile d'y promener ses enfants. Y conduire une poussette relève de la prouesse. Du coup, la plupart des habitants semblent favorables à ce projet.

Lancée au printemps, la concertation paraissait se passer normalement et des groupes de travail se tenaient avec les techniciens de la Ville de Paris. "Il n'y avait pas de franche hostilité, y compris de la part des commerçants qui ont trouvé le projet intéressant et ont fait des suggestions pour les aménagements", note Gilles Marron, de l'Association du quartier des Rosiers.

Mais au retour de vacances, tout change. Lors d'une réunion publique à l'Espace des Blancs-Manteaux, Michel Kalifa, président de l'Association des commerçants, habitants et copropriétaires, entre en opposition frontale : "Avec la suppression des trottoirs et la création d'un caniveau au milieu de la rue, c'est une piétonnisation totale de la rue que prépare la mairie. Cela signifie la fin des commerces, lance-t-il. Car les gens viennent de loin pour acheter nos produits et ils ne se déplaceront plus s'ils ne peuvent pas venir en voiture"/

Ce personnage volubile, qui tient une boucherie rue des Ecouffes, a pris la tête de la grogne des commerçants. Flanqué de son avocat, il participe aux réunions où son agressivité à l'encontre de Mme Bertinotti choque certains participants.

"MAUVAIS ARGUMENTS"

Car très vite, la référence au passé et à la tradition juive de ce quartier se retrouve au centre du débat. La maire du 4e se fait accuser d'antisémitisme. "Il est intolérable d'entendre faire une assimilation entre la largeur des trottoirs et un prétendu antisémitisme. On ne peut pas, sous prétexte de mauvais arguments, renoncer à des projets qui sont avant tout urbains. En outre, l'objectif de ce projet n'est en aucun cas d'interdire la rue aux voitures", répond Mme Bertinotti.

(...) "La rue ne sera jamais totalement en travaux, ceux-ci seront réalisés par tronçons. En outre, nous avons promis de les interrompre pendant la durée des fêtes juives", affirme Mme Bertinotti. (...)

(LDL)

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