Processus ( de paix )

Une diplomatie calibrée pour la vidéosphère

Régis Debray - A un ami israélien (Ed. Flammarion - Collection "Café Voltaire" - 2010)

Sans vouloir te flagorner [1], vue avec un peu de recul et sur la durée, votre diplomatie ou votre communication - c'est devenu synonyme - me paraît proche du chef-d'oeuvre. (...) Vous avez compris qu'en vidéosphère, ce n'est pas Billancourt mais CNN et le New York Times qu'il ne faut pas désespérer. A l'ogre médiatique vos dirigeants donnent, tous les six mois, une « date butoir », un « nouveau départ », un énième « plan de paix » à gloser et à déglutir. La diplomatie postmoderne, comme la peinture pour Léonard de Vinci,è cosa mentale. La vôtre tempère le bulldozer par la flûte enchantée. Quand on a saisi qu'une fausse impression répandue est un fait vrai qui dispense d'aller au fait, on ne peut plus parler de rideau de fumée parce que c'est la chose même qui part en fumée.

Ainsi le « processus de paix », formule géniale. C'est le processus qui compte, non son résultat. L'annonce et le commentaire, le bruit suscité, l'interminable clapotis d'éditoriaux, chroniques, colloques, et non son application matérielle et concrète.

[1] l'auteur s'adresse à Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël à Paris (à l'époque où Ariel Sharon était premier ministre).

(LDL)

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