Réfugiés

Quand les pays européens étaient capables de prises de position indépendantes

D'après Alain Gresh - Les blogs du Diplo

Réunis les 12 et 13 juin 1980 à Venise, les chefs d’Etat et de gouvernement des neuf pays membres de la Communauté économique européenne (France, Royaume-Uni, Pays-Bas, Allemagne, Belgique, Luxembourg, Italie, Danemark, Irlande) adoptaient une déclaration sur le Proche-Orient qui devait faire date.

Les points 6 et 7 précisaient :

« 6. Le problème palestinien, qui n’est pas un simple problème de réfugiés *, doit enfin trouver une juste solution. Le peuple palestinien, qui a conscience d’exister en tant que tel, doit être mis en mesure, par un processus approprié défini dans le cadre du règlement global de paix, d’exercer pleinement son droit à l’autodétermination.

7. La mise en oeuvre de ces objectifs exige l’adhésion et le concours de toutes les parties en cause au règlement de paix que Les Neuf s’efforcent de promouvoir sur la base des principes définis dans les déclarations mentionnées ci-dessus. Ces principes s’imposent à toutes les parties concernées, donc au peuple palestinien et à l’OLP qui devra être associée à la négociation. »

Pour la première fois depuis la guerre de 1967, l’Europe communautaire affirmait, non seulement son refus de toute annexion, mais le droit des Palestinien à l’autodétermination et la nécessité d’associer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à la négociation. Ce texte était d’autant plus important, qu’il était adopté après les accords entre Israël et l’Egypte à Camp David en 1978 et la signature de la paix entre ces deux pays en 1979. Trente ans plus tard, ces principes apparaissent tellement évidents que plus personne, même pas le gouvernement israélien, ne les conteste (au moins en principe). Et pourtant...

La réaction la plus significative à la déclaration de Venise était venue du gouvernement israélien de Menahem Begin, le 15 juin 1980 :

« La résolution nous appelle, ainsi que les autres nations, à inclure dans le processus de paix les SS arabes connus sous le nom de l’Organisation de libération de la Palestine. » Et le gouvernement israélien précisait que cette « organisation d’assassins » a pour principale composante le Fatah qui veut liquider « l’entité sioniste » et dont les textes résonnent comme le Mein Kampf de Hitler.

* souligné par nous

(LDL)

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