Social-démocratie

Vandervelde, ardent défenseur du «bon colonialisme» sioniste

Lucas Catherine - « Palestine, la dernière colonie ? » - Editions EPO 2003

Un des dirigeants de l’Internationale Socialiste, le belge Emile Vandervelde, est un fervent sioniste : « C’est la première fois que se déroule une colonisation basée sur le socialisme. Nous la soutenons contre les bolcheviques, dont le seul but est de détourner la volonté d’émancipation de la population locale. »

A l’origine, Vandervelde était un fervent opposant du colonialisme par le capital, comme celui de Léopold II au Congo. Mais plus tard, il découvre le bon colonialisme. En 1929, il voyage en Palestine aux frais de l’Organisation sioniste mondiale. Le voyage est organisé par Jean Fischer, dirigeant de la Fédération sioniste belge.

En « Israël », Vandervelde découvre un véritable paradis des travailleurs. Voici une citation du livre qu’il a écrit à son retour : « Je ne sais pas s’il y a encore beaucoup de gens qui se reconnaissent dans le matérialisme historique des bolcheviques. Si ce type de marxistes existe encore, je leur donnerai le bon conseil de se rendre en pèlerinage à Jérusalem et de visiter la Palestine juive. ».

Vandervelde y trouve un « communisme tolstoïen qui réalise une synthèse entre travail spirituel et physique. » Il visite également Dagania, le premier kibboutz, et est fortement impressionné : « Pas de mouches dégoûtantes comme ailleurs, c’est shabbat, jour de repos, et les communistes ont retiré leurs habits de travail et ont l’air très soigné. »

Vandervelde pose une question pertinente : « Après vingt ans d’existence, la colonie est-elle toujours dépendante de l’argent offert par la Fédération sioniste mondiale ? ». La réponse est évasive mais pourtant claire : « On me dit que maintenant ça va mieux, qu’il y a du progrès et que toutes les dettes auront été remboursées dans quelques années ». Le soir, il admire la vue du lac de Galilée depuis Dagania : « Dans la pénombre croissante, j’ai l’impression de vivre dans des temps très anciens. L’aura divine qui entourait la tête des pèlerins d’Emmaüs n’était rien d’autre que le rayonnement de la Foi et des Idéaux de l’Humanité. Nous sommes maintenant en Galilée, sur les rives du lac sur lequel Jésus a marché. Tout comme il y a deux mille ans, le salut que ce pays apporte n’est pas uniquement des récoltes, mais également l’Espoir d’Un Nouveau Monde. »

Vandervelde défend son idéal sioniste avec verve. Ainsi, il écrit un pamphlet contre la brochure anti-colonisation de la délégation syro-palestinienne à la Société des Nations à Genève. Allégations trompeuses, estime Vandervelde. Il s’oppose également aux travailleurs juifs de l’Est, qui sont alors pour la plupart anti-sionistes et se sont rassemblés dans le Bund Jiddischer Arbeter. « Le point de vue du Bund, qui représente de loin le plus grand groupe de travailleurs juifs (en Pologne) et a récolté 100 000 voix aux dernières élections, est que les socialistes juifs doivent lutter pour le socialisme sur place, dans le cadre de l’Etat polonais, et pas en Palestine ». Heureusement, ils ne font pas partie de l’Internationale socialiste, écrit Vandervelde. Car le sionisme doit être défendu.

En 1928 se réunit à Bruxelles une Conférence internationale socialiste pour une Palestine des travailleurs. Il en résulte la création d’un comité permanent dont font partie Emile Vandervelde, Louis De Brouckère, Camille Huysmans et une série de dirigeants socialistes européens, notamment de France, d’Angleterre, d’Allemagne, des Pays-Bas et d’Italie. Le dirigeant socialiste américain Eugene Debs en fait également partie.

En 1929, à Anvers, 3 000 personnes participent à un meeting pro-sioniste sous la présidence de Jean Fischer, qui y prononça son dernier discours avant sa mort. Un Comité Belge-Palestine est créé pour soutenir les sionistes. Le lobby sioniste en Belgique est né.

(MLY)

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