Lévy (Bernard-Henry)

Un faussaire doublé d’un Maccarthyste, non seulement ridicule mais aussi dangereux

Pascal Boniface, directeur de l'IRIS * - http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article3184

Il est de bon ton, dans de nombreux milieux, de se gausser de Bernard-Henri Lévy et dâaffecter à son égard, une indifférence ironique. Lâaffaire Botul â dont BHL a le culot de sâestimer victime â nâest ni sa première, ni sa dernière escroquerie intellectuelle. La carrière de BHL est faite dâaffabulations et de ratés monumentaux, quâil veuille créer un journal, faire un film, écrire une pièce de théâtre ou un livre. Il y a un écart grandissant entre lâécho médiatique qui lui est donné et la désaffection du public, qui nâest pas dupe.

Les journalistes qui font semblant de le prendre au sérieux voient leur propre crédibilité atteinte. Soit ils ne connaissent pas lâétendue des mensonges de BHL et ils sont donc incompétents. Soit ils lui donnent une tribune en connaissance de cause et ils ne sont pas honnêtes, privilégiant leur intérêt personnel (BHL sait renvoyer lâascenseur) sur le respect de la déontologie et du public.

Mais BHL nâest pas simplement ridicule, il est également dangereux.

Dangereux car au-delà de ses proclamations voltairiennes, il cherche à faire taire ceux qui ne sont pas dâaccord avec lui. Au-delà de ses appels à la paix au Proche Orient, il favorise des politiques qui prolongent le conflit.

Au nom dâune certaine éthique, il cherche à définir les limites de ce qui est acceptable ou non dans le débat public et à en exclure ceux qui ne partagent pas ses vues. Et il nâhésite pas pour cela à déformer les propos et idées de ceux qui lui déplaisent pour en obtenir la condamnation, le tout au nom de la morale, toujours invoquée, rarement respectée.

Câest un faussaire doublé dâun Maccarthyste. Etre en désaccord avec lui, câest forcément encourir le soupçon dâantisémitisme. Et il fait un amalgame qui mériterait un zéro pointé à un étudiant faisant une telle faute, entre opposition à la politique du gouvernement dâIsraël, quâil assimile à de lâantisionisme (opposition à lâexistence de lâEtat dâIsraël) et antisémitisme (haine des juifs).

Au cours dâun débat organisé par Radio Communauté juive le 23 mars, BHL sâen est pris une nouvelle fois à moi en me traitant de « triste personnage », ce dont il a le droit, mais en mâattribuant des propos quâil sait pertinemment que je nâai jamais tenus. Il mâaccuse dâavoir préconisé une attitude pro-palestinienne en fonction du poids plus important de la communauté arabe en France par rapport à la communauté juive, reprenant une thèse largement colportée pour disqualifier une argumentation jugée gênante par ceux qui refusent la moindre critique à lâégard du gouvernement israélien.

Dans la note au PS de 2001 â que jâai reproduite dans mon livre Est-il permis de critiquer Israël ? (Robert Laffont), je recommandais au contraire de ne pas appliquer une approche communautariste sur le conflit au Proche Orient, mais de faire valoir les principes universels, ceux-la mêmes qui ne sont pas appliqués à ce conflit. Un jugement, confirmé en appel, mâavait dâailleurs rendu justice.

A propos de cette note, il était écrit dans le délibéré : "ce document au ton mesuré constitue une analyse, laquelle peut être approuvée ou critiquée, de la situation au Proche-Orient, comme de la façon dont elle est perçue en France et propose au Parti Socialiste dâadopter une position plus juste, aux yeux de son auteur, et plus conforme à lâintérêt bien compris des deux communautés particulièrement concernées sur le territoire national par le conflit. "

BHL le sait pertinemment. Il mâavait mis en cause publiquement dans le passé, je lui avais écrit pour rétablir la vérité sans obtenir de réponse. Il déforme sciemment ma pensée pour la rendre condamnable. Le procédé est indigne dâun intellectuel.

Sans doute pensait-il que je nâaurais pas eu écho de sa diatribe tenue devant un public communautaire.

BHL nâaime pas tellement le débat public, il nâaccepte les interviews que si elles sont faites par des gens obséquieux ou par des amis, mais jamais les débats contradictoires où il risquerait dâêtre pris au piège de ses insuffisances et contradictions. Il dénature ainsi les règles du débat intellectuel.

En 2003, nous devions débattre dans lâémission sur France 2 de Guillaume Durand. Il venait de publier son « roman enquête » sur lâaffaire Pearl et moi Est-il permis de critiquer Israël ?. Il est intervenu auprès du Président de France Télévision pour pouvoir être interviewé à part.

Pire encore, il cherche à créer un réflexe de peur au sein de la communauté juive en lui inventant des ennemis inexistants, négligeant ainsi ses véritables ennemis. Faisant donc sciemment et consciemment de la désinformation, il trahit ainsi son devoir dâintellectuel â qui est dâéclairer le débat â et son idéal proclamé dâuniversalisme en surjouant la carte du communautarisme.

Sur le plan international, il se dit pour la paix. Une fois de plus ce sont de sa part, des paroles sans aucun ancrage dans la réalité. Il ne va bien sûr pas dire quâil est pour la guerre, même sâil a soutenu les deux dernières lancées par Israël et dont les populations civiles libanaises et palestiniennes ont été les principales victimes. Il sâattaque régulièrement à ceux qui, en France, sont pour la paix mais estiment que pour y arriver, il est nécessaire que le gouvernement israélien change de politique. Il nâa jamais eu de lien avec le camp de la paix en Israël et encore moins avec les différentes et admirables ONG qui luttent pour faire reconnaître le droit des Palestiniens. Il a toujours été du côté du gouvernement israélien, que celui-ci sâengage dans de réelles négociations, comme ce fut le cas sous Rabin, ou quâil refuse de le faire, comme câest le cas de Netanyahu.

Son approche est donc ultra-communautariste. Mais comme BHL veut jouer aux consciences universelles, il nâa dâautre recours que de traiter dâantisémites ceux qui dénoncent ses contradictions.

Son attachement à la paix est sans racines, sans réalité, simplement verbal, au point quâil sâinquiète quâObama puisse faire des pressions sur Netanyahu, sous lâinfluence dâautres « sinistres individus », qui seraient mes équivalents aux Etats-Unis.

Que BHL puisse craindre quâObama, dont on se rappelle quâil se vante dâavoir été celui qui lâa fait connaître en France, puisse faire pression sur Netanyahu, montre bien de quel côté il est. Il préfère le maintien en place dâun gouvernement de droite et dâextrême droite. Nâest-ce pas à lâinverse, lâabsence de pressions exercées sur Netanyahu qui explique le blocage de la situation ? BHL peut-il se dire à la fois pour la paix tout en préférant Netanyahu à Obama ? Tzipi Livni nâa pas voulu entrer dans ce gouvernement parce quâelle estime justement quâil ne veut pas de paix, paix quâelle juge être conforme à lâintérêt dâIsraël.

Passons sur lâutilisation quâil fait du terme « lobby juif ». Si un autre que lui avait utilisé lâexpression, nây aurait-il pas eu une tempête de protestations ? Mais BHL a tous les droits. Je sais que nous ne sommes pas sur un pied dâégalité. Non pas tant parce quâil nâa jamais eu à travailler pour gagner sa vie, et quâil en a profité pour bâtir auprès de lui un réseau dâobligés, de courtisans ou de gens prudents qui ne veulent pas sâopposer à lui. Je comprends pourquoi, après des mois de négociations avec ARTE pour la réalisation de documentaires géopolitiques, je nâai eu aucune suite. BHL est le Président du Conseil de surveillance dâARTE.

Non, ce qui nous distingue câest que mon éducation mâa toujours conduit à respecter les autres, à ne pas mentir sciemment pour convaincre. Autant de contraintes dont BHL a toujours été exempté.

Curieuse société française où les médias font une affaire dâEtat pour une faute de main dans la surface de réparation, et qui continuent dâhonorer un multirécidiviste de lâescroquerie intellectuelle.

(LDL)

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