Armes de destruction massive

"Israël ne doit pas introduire l'arme nucléaire au Moyen-Orient", assuraient en choeur les plus influents dirigeants israéliens en 1967

L.D. - Claude Renglet - "Israël, an 20" - Ed. Marabout 1967 - collection "Marabout Université"

En 1967, juste après la guerre des six jours, la maison d'édition belge Marabout (Verviers), publie dans sa collection « Marabout Université » un ouvrage de Claude Renglet intitulé « Israël, an 20 ». L'auteur voyait en Israël un « État bouc émissaire », expliquant comment les régimes arabes s'en servaient pour détourner la colère légitime de leur propre opinion publique.

Des Arabes, il n'est question dans ce livre que comme "Les Arabes d'Israël", dont la situation est pratiquement idyllique puisque "les origines socialistes d'Israël ont profité aux ouvriers arabes" en dépit des "employeurs arabes" très opposés au syndicats de la Histadrout, ou alors comme "les Arabes qui avaient quitté l'Etat d'Israël en formation, s'attendant à y revenir une fois les opérations militaires terminées"", autrement dit "les réfugiés". L'existence du Fatah et de l'OLP est rapidement évoquée en moins de deux pages.

En conclusion du livre figuraient des interviews de trois personnalités israéliennes, respectivement intitulées :

  • L'éminence grise du gouvernement israélien : David Hacohen
  • Le champion de la paix avec les Etats arabes : Uri Avneri
  • Un faucon : Shimon Pérès

Dans chacun de ces entretiens la question de la bombe atomique était abordée.

David Hacohen, président du comité de la sécurité au parlement israélien, présenté par l’auteur en ces termes : « Il fut le compagnon du major anglais Wingate qui organisa les groupes de défense juive durant le mandat britannique. C'est un des meilleurs amis de Ben Gourion, un ami de longue date. Rencontré à Jérusalem, à la buvette du parlement israélien, il se montre fort disert. »

C.R. - Certains ont prétendu qu'Israël possédait ou était sur le point de posséder la bombe atomique. Menacée de toutes parts, votre pays compte-t-il entreprendre la fabrication d'armes nucléaires ?

D.H. - Nous l'avons déclaré clairement nous n'introduirons pas l'arme atomique au Moyen-Orient. Du moins, nous ne l’introduirons pas tant que nos ennemis ne s'équiperont pas d'armes atomiques. Mais n'oubliez pas ceci : les savants atomistes juifs comptent parmi les meilleurs du monde.

De Uri Avneri (dont on oublie souvent qu’il a commencé sa vie politique à l’Irgoun, c’est-à-dire le bras armé de la droite nationaliste de Menahem Begin), Claude Renglet préférait rappeler qu’il a créé l'hebdomadaire Haolam Hazé « qui depuis 1950 déjà demande qu'Israël soutienne le mouvement nationaliste arabe », et qu’il était opposé à « l’offensive du Sinaï en 1956 ». Uri Avneri est, à l’époque de cet interview, député à la Knesset, élu sous les couleurs du mouvement « Haolam Hazé – Forces Nouvelles » :

C.R. - Au cas où aucune entente ne se ferait avec les Arabes vous seriez amenés a préparer une quatrième guerre israélo-arabe. Préconisez-vous de la création d'une bombe atomique israélienne pour cette éventualité ?

U.A. - Ce qui est certain c'est que l'État d'Israël possède une capacité atomique. Je veux dire qu'il est capable, le cas échéant, de construire une telle bombe. Je pense cependant qu'il serait préférable de neutraliser le Moyen-Orient, d’y prévoir même des inspections mutuelles. Mais si nous n'arrivons pas à un accord, je pense que nous devrions produire une bombe atomique israélienne. Je ne suis pas un pacifiste. La paix est basée sur la puissance militaire de dissuasion.

Enfin, l’auteur rencontre Shimon Pérès : « Ancien ministre de la Défense nationale, secrétaire général du Rafi, le parti de Ben Gourion et Moshé Dayan au moment de l'interview, Shimon Pérès [1] est avant tout un réaliste », écrit-il.

C.R. - Au cas où la paix ne s'instaurerait pas au Moyen-Orient, Israël devrait redoubler de vigilance . Pensez-vous que l'armée israélienne qui devrait se renforcer encore et toujours soit amenée à s'équiper d'engins nucléaires ? [2]
S.P. - Israël doit être capable de produire ses propres armes. Nous avons été soumis à un embargo en 1948, en 1956 et en 1967. Ceci nous amène à réfléchir, mais nous ne pensons pas qu'Israël doivent introduire l'arme atomique au Moyen-Orient.

Finalement, en 1967,des trois personnalités interrogées, c'est Uri Avneri, le "champion de la paix avec les Etats arabes", qui se montra le plus franchement favorable à l'idée de la bombe atomique israélienne. Cela permet de se faire une idée de quel genre de paix il était le "champion"...

Quant aux deux autres, eux, ils étaient en train de la (faire) réaliser, cette bombe, tout en assurant qu'Israël ne prendrait pas une telle responsabilité.. !

[1] dont l'auteur orthographie le nom "Peress"
[2] On ne peut s'empêcher de remarquer la formulation formidablement "neutre" des questions : l'interviewer affirme (ce n'est pas une question) que "l'armée israélienne doit se renforcer encore et toujours", puisque le pays est "menacé de toutes parts" et qu'une "quatrième guerre israélo-arabe" lui semble inéluctable. On note aussi qu'il décrit Pérès comme "avant tout un réaliste" mais que le titre de l'interview est : "Un faucon"...

(LDL)

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