Etat binational

Pratiquement aucun israélien ne voterait pour une "solution à deux (vrais) Etats"

Vous vous êtes fait l'avocat d'une solution à un Etat au conflit. Étant donné l'opposition massive de la plupart des Israéliens à une telle solution, comment cela peut-il être envisagé ?

Permettez-moi de faire d'emblée une mise au point. Je ne me considère pas comme étant un «avocat» pour telle ou telle solution au conflit. Je soutiendrais allègrement une solution à deux États si je pensais que c'était possible. Je n'ai pas d'opinion « technique » sur le régime nécessaire pour que les Palestiniens et les Israéliens puissent vivre heureux et en sécurité. Si cela peut être réalisé dans une solution à deux Etats, alors j'y suis tout à fait favorable.

Mon soutien à une solution à un seul Etat découle du fait que je n'ai encore entendu personne plaider de manière convaincante pour une solution à deux États, compte tenu des réalités actuelles. Ceux qui, dans la communauté progressiste, militent pour la solution à deux États semblent le faire sur base d'une connaissance des données du conflit qui date d'une décennie ou plus, et généralement parce qu'ils savent peu de choses sur ce qui motive les politiques d'Israël à l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues. Ce qui n'est guère surprenant, vu la rareté des informations sur le sujet.

La question est de savoir comment les Israéliens peuvent être convaincus. Si le critère pour décider si une solution est viable est de savoir si elle est acceptable pour l'opinion publique juive israélienne, alors les partisans de deux Etats ont exactement le même problème que les partisans d'un seul Etat binational. Il n'y a pas de soutien populaire en Israël pour un retrait total à l'intérieur des frontières de 1967; une connexion entre la Cisjordanie et de Gaza, l'ouverture des frontières pour l'État palestinien et le droit pour lui de nouer librement des alliances diplomatiques; une armée palestinienne dotée d'une force aérienne; les droits des Palestiniens sur leurs ressources en eau; Jérusalem comme capitale de la Palestine, et ainsi de suite. Pratiquement aucun juif israélien ne voterait pour un gouvernement qui préconiserait cette solution.

Quand nous entendons parler des sondages montrant une majorité israélienne pour une solution à deux Etats, ce n'est pas du tout ce que les personnes interrogées ont à l'esprit : ils entendent par « deux Etats » une série de bantoustans entourés par le territoire israélien et les colons, des contrôles sévères sur les déplacements des Palestiniens entre ces bantoustans, la capitale de la Palestine à Abu Dis, ou quelque autre village près de Jérusalem, le maintien du contrôle de l'eau par Israël, pas d'armée palestinienne, et ainsi de suite. La vision que l'opinion publique israélienne a de la Palestine est le même que celle de ses dirigeants : une extension du modèle de Gaza vers la Cisjordanie.

Donc nous pourrions tout aussi bien oublier de flatter l'opinion publique israélienne pour l'instant. Elle changera quand on lui présentera un calcul coût/bénéfice différent pour le maintien de sa domination sur les Palestiniens, comme cela s'est produit chez les Sud-Africains blancs, qui ont été encouragés à se retourner contre le régime de l'apartheid. Tel est l'objet de campagnes comme la campagne « boycott, désinvestissement et santions » (BDS). Pensons plutôt à des solutions viables qui soient conformes aux droits des Israéliens et des Palestiniens à vivre une vie décente.

Il est intéressant de constater que, malgré cette hypothèse erronée selon laquelle les Israéliens seraient en faveur d'une (vraie) solution à deux Etats - il existe aujourd'hui des raisons de croire qu'une vaste coalition d'Israéliens acceptent l'idée que le moment d'une solution à deux Etats est passé. C'est l'avis de Meron Benvenisti, l'ancien maire adjoint de Jérusalem, qui fait partie de la gauche sioniste. Mais, étonnamment, il a récemment été rejoint par Tzipi Hotovely, un député influent du Likoud de Benyamin Nétanyahou, qui plaide pour l'octroi de la citoyenneté aux Palestiniens de la Cisjordanie. [...]

A l'inverse, je dirais que les Etats-Unis et Israël soutiennent une solution à deux États pour fournir une couverture à la nouvelle réalité sur le terrain, dans laquelle les privilèges des juifs sont maintenus, dans une solution à un Etat unilatéralement imposée par Israël. Sans cette couverture, la nature du régime de l'apartheid et du programme de purification ethnique rampante serait une évidence flagrante pour tous.

Depuis Oslo, Barak, Sharon, Olmert et Livni ont tous compris que l' « opinion mondiale » ne pouvait être tenue à distance que tant qu'Israël semblait favorable à une solution à deux États.

Netanyahou a embarrassé l'Occident et les Etats-Unis en particulier, en laissant tomber ce faux-semblant. C'est pourquoi il est si impopulaire, et c'est pourquoi nous commençons à voir une couverture plus critique envers Israël dans les médias. Les choses ne sont pas pire, au moins dans les territoires occupés, qu'elles ne l'étaient sous Olmert et Cie (en fait, on pourrait même faire valoir que cela va un petit peu mieux), mais il est beaucoup plus facile pour les journalistes de rendre compte d'une partie de la réalité maintenant. Je suppose que c'est un moyen de ramener Netanyahu dans le droit chemin.

(LDL)

Les titres et intertitres sont de la rédaction du site