Avnery Uri

Uri Avnery : avant tout un sioniste fier de l'être

La position d'Uri Avnery sur l'occupation est irréprochable. Il veut y mettre fin, et il a travaillé avec acharnement et courage pour le faire pendant des décennies. Le problème vient de nous, ses lecteurs, qui avons tendance à méconnaître ses raisons pour tenter de mettre fin à l'occupation, et en ce sens, je crois que son rôle dans le mouvement de solidarité palestinienne n'a pas été tout à fait utile.

Avnery veut que l'occupation prenne fin, mais il ressort clairement de ses écrits, qu'il est principalement motivée par le désir de protéger Israël en tant qu'Etat juif, le genre d'Etat ethnocratique que je viens de décrire.

Avnery, ne s'en cache pas : il s'est toujours déclaré un sioniste fier de l'être. Mais à mon avis, son attachement à un État privilégiant Juifs compromet sa capacité à critiquer la logique inhérente au sionisme et à répondre à des politiques d'Israël qui évoluent rapidement sur le terrain, en particulier les objectifs de la séparation.

En un sens, Avnery est un romantique coincé dans les années 1970 et 1980, le paroxysme de la résistance palestinienne. A cette époque, la lutte palestinienne était beaucoup plus simple: c'était pour la libération nationale. Et alors, le terrain de lutte d'Avnery était avant tout à l'intérieur de l'Organisation de libération de la Palestine, pas à l'intérieur d'Israël. Il est favorable à une solution à deux Etats, alors que beaucoup au sein l'OLP défendaient alors une vision d'un Etat démocratique unique englobant à la fois les Palestiniens et les Israéliens.

Comme nous le savons, Avnery a gagné cette bataille idéologique: Arafat a souscrit à la vision de deux Etats et, finalement, est devenu le chef de l'Autorité palestinienne, le gouvernement d'un Etat palestinien en attente.

Mais avec Oslo, et le consentement formel de la partie palestinienne à la partition de la Palestine historique, Avnery dû changer l'objet de son combat et a fait son retour en Israël, où il y avait beaucoup plus de résistance à cette idée. Tandis que les dirigeants palestiniens ont accepté et ont même participé avec enthousiasme au processus d'Oslo, les dirigeants d'Israël ont été beaucoup plus cyniques. Ils voulaient une dictature palestinienne dans les territoires palestiniens occupés, dirigée par Arafat, qui devait se charger de supprimer toute dissidence, tandis qu'Israël continuerait d'exploiter les terres et les ressources en eau et la main-d'œuvre palestinienne par le biais de la création d'une série de zones industrielles.

En raison de son investissement affectif dans la politique de séparation d'Oslo, Avnery a été très lent à admettre la mauvaise foi d'Israël dans ce processus. A mesure que des horreurs comme la construction du mur et les massacres à Gaza, se sont déroulées, j'ai commencé à voir dans ses écrits une mise en garde très tardive, une hésitation. C'est à saluer. Mais je pense que s'en remettre à Avnery pour fixer les orientations et les priorités de la lutte palestinienne contre l'occupation - par exemple, sur la question de la campagne « boycott, désinvestissement et sanctions » (BDS) – serait sans doute peu sage.

(LDL)

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