Démocratie

Israël, une "démocratie ethnique" ou une "ethnocratie", mais pas une "démocratie" au plein sens du terme

La thèse largement répandue selon laquelle Israël est une démocratie est particulièrement étrange.

Il s'agit en effet d'une démocratie sans frontières définies, incorporant des parties d'un territoire étranger, en Cisjordanie, où un groupe ethnique ou religieux - les colons juifs - a le droit de vote, tandis qu'un autre - les Palestiniens – ne l'a pas. Ce sont ces colons, qui vivent en dehors des frontières internationalement reconnues d'Israël, qui ont porté Benjamin Netanyahu et Avigdor Lieberman au pouvoir.

Il s'agit aussi d'une démocratie qui a transféré le contrôle de plus de 13% de son territoire (et une proportion importante de ses terres habitées) à une organisation externe, le Fonds national juif, ce qui empêche une part importante de ses propres citoyens - les 20 % environ qui sont des Palestiniens - d'avoir accès à ces terrains. C'est donc encore une discrimination basée sur des critères ethniques ou religieux.

C'est une démocratie qui, historiquement, a « charcuté » sa carte électorale, la composition de l'électorat, en expulsant la majeure partie de la population indigène à l'extérieur de ses frontières - maintenant connus sous le nom de « réfugiés palestiniens » - ce qui assure une majorité juive.

Une démocratie qui a continué cette manipulation de la composition du corps électoral en donnant à un groupe ethnique, les Juifs du monde entier, un droit automatique à devenir des citoyens israéliens, tout en déniant ce droit à un autre groupe ethnique, les Arabes palestiniens.

Il s'agit d'une démocratie qui, en dépit d'une pléthore de partis et de la nécessité de créer des gouvernements de large coalition, a toujours veillé soigneusement à ce que d'un ensemble de partis (les Palestiniens et les anti-sionistes) soient exclus du gouvernement. En fait, en Israël la «démocratie» n'est pas une compétition entre différentes visions de la société, comme on pourrait s'y attendre, mais un pays mené par une idéologie unique, appelé le sionisme. En ce sens, il y a eu de facto un régime de parti unique en Israël depuis sa naissance. Tous les nombreux partis qui ont participé au gouvernement au cours des années sont en effet d'accord sur une chose : Israël doit être un État qui donne des privilèges à des citoyens qui appartiennent à un groupe ethnique, les Juifs. Les seuls désaccords entre eux portent sur des intérêts sectoriels étroits ou sur la façon de gérer l'occupation - une question liée au territoire en dehors des frontières internationalement reconnues d'Israël.

Les défenseurs de l'idée qu'Israël est une démocratie s'appuient sur l'existence d'élections au suffrage universel. Mais Israël a également été considéré comme une démocratie dans les années 1950 et 1960 – avant que l'occupation ait commencé - alors qu'un cinquième de la population, la minorité palestinienne en Israël, vivait sous un gouvernement militaire. A cette époque, tout comme maintenant, ils avaient le droit de vote, mais ils ne pouvaient pas quitter leur village sans un permis délivré par les autorités.

Mon point de vue est que donner le vote à 20% cent de l'électorat qui est palestinien n'est pas une preuve de l'existence d'une démocratie si les Juifs israéliens ont dès le départ truqué leur « démocratie» par le nettoyage ethnique (la guerre de 1948); grâce à des politiques d'immigration discriminatoires (la Loi du Retour ), et par la manipulation des frontières pour y inclure les colons, tout en excluant les Palestiniens occupés, alors que les deux vivent dans le même territoire.

Les universitaires qui étudient ces problèmes ont dû inventer des nouvelles classifications pour prendre en compte ces étranges caractéristiques du paysage « démocratique » israélien. Les plus bienveillants appellent cela une « démocratie ethnique»; les plus critiques parlent d'une « ethnocratie ».

La plupart sont d'accord, cependant, pour conclure que ce n'est pas la démocratie libérale telle que l'imaginent la plupart des Occidentaux.

(LDL)

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