Partage (plan de)

Le "plan de partage" était surtout un "plan de spoliation"

Politis - N° spécial Palestine - février 2010

Il faut se méfier des mots. Ceux qui sont trop évidents. Ceux qui font apparemment consensus. À partir de 1947, le piège qui s’est refermé sur les Palestiniens porte un nom : « le partage ». Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies adopte un « plan de partage ». C’est la fameuse résolution 181. Quoi de plus généreux, quoi de plus équitable, qu’un « partage » ?

LES JUIFS ONT-ILS VRAIMENT ACCEPTE LE « PLAN DE PARTAGE» ?

Les propagandistes sionistes ont le sens de la formule qui fait mouche, et qui dispense qui se laisse séduire de toute réflexion et emporte son adhésion. Celle qui affirme que les Palestiniens « ne ratent jamais l'occasion de rater une occasion » figure parmi leurs plus belles trouvailles. Selon eux, la première de ces occasions a été « ratée » lorsque les Arabes ont rejeté le « plan de partage » de l'ONU, tandis que les Juifs l'acceptaient.

Mais, en fait, l'ont-ils réellement accepté ? En fait non. Ils ont feint de l'accepter, d'autant plus facilement qu'il leur était outrageusement favorable. Mais dès le premier jour ils l'ont considéré comme « une première étape » vers la conquête de territoires bien plus vastes. Et dès le premier jour ils envisageaient que cette conquête se fasse par les armes. En témoigne cette citation de David Ben Gourion :

« L’État hébreu partiel n’est pas une fin, mais seulement un début (…), nous y ferons venir tous les Juifs qu’il sera possible d’y amener (…), nous créerons une économie polyvalente (…).Nous organiserons une défense nationale moderne (…), et alors je suis certainqu’on ne nous empêchera pas de nous installer dans d’autres parties du pays, soit en accord avec nos voisins, soit par tout autre moyen…» *

Et pourtant, les Arabes refusent le « partage ». Officiellement, la guerre, à partir du 15 mai 1948, résulte de ce refus. À l’heure de l’armistice, en juillet 1949, c’est Israël qui a étendu son territoire. Ce nouveau « partage », imposé par la guerre, cette fois, restera en l’état jusqu’à la guerre des Six-Jours, de juin 1967. Tel est le récit le plus communément admis. Il désigne ouvertement les Arabes comme fauteurs de guerre et responsables de leur propre malheur.

Une autre lecture est possible. Ce sont les attentats sionistes qui ont fini par amener la Grande-Bretagne à renoncer à son mandat sur la Palestine.


LE TERRORISME JUIF A AMENE LA GRANDE-BRETAGNE A SE RETIRER


Un train dynamité par l'organisation juive Haganah en 1947.


Quant à la commission des Nations unies qui a pris le relais, elle prépare le plan qui sera adopté par l’Assemblée générale.

Mais elle opère pour cela un découpage totalement inéquitable. Alors que deux fois plus d’Arabes que de juifs (1,3 million contre 650 000) peuplent le territoire de la grande Palestine mandataire, elle offre à l’État juif une superficie nettement plus vaste (14 000 km2 contre 11 500 km2). Les juifs obtiennent 56,5% d’un territoire dont ils possèdent… 7%.

C’est ce que l’histoire officielle a retenu sous le beau nom de « partage ». En outre, au cours des mois qui précèdent la proclamation de l’État d’Israël, le 14 mai 1948, les groupes sionistes attaquent des villages arabes.

Le massacre le plus célèbre commis par l’Irgoun et le Lehi, dirigés par deux futurs premiers ministres israéliens, Menahem Begin et Itzhak Shamir, est celui de Deir Yassine, le 9 avril 1948. Plus de deux cents morts. Beaucoup d’autres auront lieu, qui sèmeront la terreur dans la population arabe, contrainte de prendre massivement le chemin de l’exil. Peut-on vraiment parler de « partage » ?

L’attaque des États arabes (Syrie, Jordanie, Égypte), le 15 mai, est donc ultérieure à tous ces événements. Elle n’en est pas la cause, contrairement, là encore, à une histoire officielle.

* Extrait de "Les Cent Portes du Proche-Orient", Alain Gresh et Dominique Vidal, Hachette littératures, 2003, p.108.

(LDL)

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