Non-violence

La réponse israélienne à la lutte non-violente : arrestations en masse et tirs à balles réelles...

Une critique régulièrement adressée à la lutte palestinienne est le fait que son caractère violent lui aliène nombre de sympathies. Cela est évidemment flagrant quand les cibles visées par des militants palestiniens sont des civils israéliens. Lâargument nâest pas nouveau et toutes les luttes dâémancipation ont été confrontées à ce dilemme.

Il est bien évident que le gouvernement israélien est le responsable premier de la violence en Palestine. Le droit dâuser de la violence pour se libérer est aussi un droit légitime des peuples. Mais ce droit nâentraîne pas forcément la justesse du recours à la force. Il faut aussi que ce soit la meilleure arme pour la libération. Lâest-elle pour les Palestiniens ?

Dans un récent article (30 décembre 2009) du quotidien Le Monde, « Arrestations en série de militants palestiniens en lutte contre la âœclôture de sécuritéâ israélienne », Benjamin Barthe revient sur la lutte non violente contre le mur de la honte élevé par les Israéliens :

« Dans les territoires occupés, la silhouette de Jamal Juma passait rarement inaperçue. Corpulent, le front dégarni et le sourire aux lèvres, ce quadragénaire, coordinateur de âœStop the wallâ, la campagne de protestation contre la barrière de séparation israélienne, se bagarrait sur tous les fronts. Dans les oliveraies de Bilin ou de Nilin, deux villages qui manifestent chaque semaine contre cet ouvrage qui confisque près de 10 % des terres de Cisjordanie ; sur la place des Lions de Ramallah, haut lieu de rassemblement de la société civile palestinienne ; et dans les consulats européens de Jérusalem-Est quâil rappelait à leurs obligations en matière de défense des droits de lâhomme. »

« Mais, depuis le 15 décembre, le rayon dâaction de Jamal Juma sâest considérablement rétréci. Le cerveau de la résistance non violente contre le âœmur de lâapartheidâ ne bataille plus que devant le tribunal militaire de la Moskobiya, un centre de détention à Jérusalem-Ouest. »

« Arrêté par la police, il a rejoint derrière les barreaux une dizaine dâautres activistes, engagés dans le même combat que lui, détenus le plus souvent sans la moindre charge et victimes, selon leurs défenseurs, dâune politique dâintimidation délibérée de la part des autorités israéliennes. âœIsraël cherche à briser ce mouvement qui marque des points dans lâopinion publique internationale, dit Magda Mughrabi, de lâassociation de défense des prisonniers Addameer. Il sâagit à la fois de dissuader les gens dâaller manifester et de saboter le travail de sensibilisation quâils mènent à lâétranger.â » (...)

« Câest au mois de décembre que le rythme des interpellations sâest accéléré. Cinq surviennent dâun seul coup à Naplouse, visant des militants associatifs. Le 10 de ce mois, peu avant Jamal Juma, câest Abdallah Abu Rahma, autre pilier des cortèges de Bilin, qui est embarqué par lâarmée israélienne. Parmi les charges retenues contre lui, outre le âœjet de pierresâ et le âœjet de ballons remplis dâexcréments de pouletâ (sic), figure âœla possession dâarmes israéliennes usagées<â. »

« Les dites armes sont les reliques des grenades assourdissantes et lacrymogènes, tirées par les soldats contre les villageois, puis ramassées par ceux-là et exposées en guise de témoignage de la violence exercée contre eux. A lâidée quâil sâagit là dâun délit, Gaby Lasky, lâavocate dâAbou Rahma, réprime un fou rire : âœEt câest quoi la prochaine étape ? Faire payer aux manifestants le prix des balles qui sont tirées sur eux ?â »

Parfois, aussi, lâarmée use de violence plus grave et des manifestants pacifiques ont aussi été tués.

La journaliste Amira Hass affirme que ce quâIsraël craint le plus, câest le développement des luttes populaires : « Danger : Popular struggle », Haaretz, 23 décembre 2009.

« Au cours des derniers mois, les efforts [israéliens] pour réprimer la lutte ont augmenté. La cible : les Palestiniens et les Israéliens juifs qui ne veulent pas renoncer à leur droit de résister à la séparation démographique et à la suprématie juive. Les moyens : dispersion des manifestations avec des balles réelles, raids de lâarmée en fin de soirée et arrestations de masse. Depuis le début de lâannée, vingt-neuf Palestiniens ont été blessés par des tireurs de lâarmée alors quâils manifestaient contre la barrière de séparation. Les tireurs dâélite ont tiré des balles âœexpansivesâ, malgré un ordre explicite de 2001 des autorités militaires de ne pas utiliser ces munitions pour disperser des manifestations. Après que les soldats ont tué Aâkel Srour en juin, les tirs ont cessé, mais ont ensuite repris en novembre. » (...)

« Ce qui est dangereux dans la lutte populaire, câest quâil nâest pas possible de la qualifier de terroriste. (...) La lutte populaire, même si elle est limitée, montre que lâopinion publique palestinienne est en train dâapprendre de ses erreurs passées et de lâutilisation des armes, et elle offre des solutions de rechange que même les hauts fonctionnaires de lâAutorité palestinienne ont été obligés dâappuyer â au moins au niveau des déclarations publiques. »

« Yuval Diskin et Amos Yadlin, les chefs respectifs du service de sécurité du Shin Bet et du renseignement militaire, ont déjà exposé leurs craintes. Au cours dâune réunion dâinformation au gouvernement, ils ont expliqué : âœLes Palestiniens veulent continuer et construire un Etat de bas en haut... et forcer Israël à un accord dâen haut. La sécurité actuelle en Cisjordanie et le fait que lâAutorité agit contre le terrorisme de manière efficace ont amené la communauté internationale à se tourner vers Israël et là lui demander de faire des progrès (dans les négociations).â »

« La répression brutale de la première Intifada, et la répression à balles réelles des premières manifestations non armées de la deuxième Intifada, ont prouvé aux Palestiniens que les Israéliens ne les écoutent pas. La répression a laissé un vide qui fut comblé par la glorification de ceux qui prônaient lâutilisation des armes. »

« Est-ce là ce que lâestablishment sécuritaire et ses supérieurs politiques tentent de réaliser aujourdâhui, eux aussi, afin de nous soulager du fardeau dâun soulèvement populaire ? »

Parlant de ses négociations avec le gouvernement sud-africain et de ses demandes dâarrêter la violence, Nelson Mandela écrivait : « Je répondais que lâEtat était responsable de la violence et que câest toujours lâoppresseur, non lâopprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si lâoppresseur utilise la violence, lâopprimé nâaura pas dâautre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce nâétait quâune forme de légitime défense. » (Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, Livre de poche, p. 647.)

(LDL)

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