Démolition

Peut-on démolir la maison d'un terroriste s'il est juif ?

Sharon Roffe-Ofir, Efrat Weiss (Yediot Ahoronot) - Courrier International - 26 novembre 2009

Il y a un an, après une nouvelle attaque au bulldozer menée par un habitant de Jérusalem-Est, le ministre de la Défense, Ehoud Barak, avait déclaré quâil fallait détruire âœles maisons des âterroristesâ afin de dissuader de nouveaux terroristes potentielsâ. Mais une mesure similaire est-elle envisageable pour un terroriste juif ?

Ehoud Barak a soigneusement évité de répondre à cette question. Après lâarrestation, le 7 octobre [2009], de Yaakov Teitel, nous avons pris contact avec le ministère de la Défense pour tenter dâobtenir une réponse. Ce colon dâorigine américaine est soupçonné dâavoir causé la mort de deux Palestiniens, dâavoir placé une bombe artisanale devant la maison dâun historien de gauche, Zeev Sternhell, et dâavoir commis plusieurs autres attentats au cours des douze dernières années. Nous avons demandé si les autorités israéliennes envisageaient de démolir la maison de cet individu, située dans la colonie de Shvut Rahel, en Cisjordanie. Malgré nos appels répétés, Ehoud Barak ne nous a pas répondu.

En septembre 2008, le ministre de la Défense sâétait plaint de dispositions juridiques qui empêchaient la démolition des maisons des terroristes, disant que lâaffaire était âœentravée par des règles complexes peu appropriées à lâétat dâurgence décrété par Israëlâ. Le procureur général dâIsraël, Menahem Mazuz, a donc été chargé de se pencher sur la question. âœCompte tenu de la jurisprudence de la Cour suprême, a-t-il écrit, on ne peut pas dire quâil y ait des obstacles juridiques empêchant de donner lâautorisation de démolir des maisons, mais cela soulève dâimportantes questions juridiques.â.

En vertu dâune décision de la Cour suprême, la maison de Hussam Dwayyat, qui a causé la mort de trois personnes à Jérusalem dans une attaque au bulldozer, a été partiellement détruite en avril 2009. Même sans autorisation préalable, Ehoud Olmert, qui était alors Premier ministre, a pris la décision de priver la famille du terroriste de sa citoyenneté [arabe israélienne] et des droits afférents. De même, les ouvertures de la maison du terroriste qui a abattu huit élèves de lâInstitut dâétudes talmudiques Mercaz Harav, à Jérusalem, ont été condamnées.

Ehoud Barak nâest pas le seul à avoir réclamé que lâon rase les maisons des terroristes. A la suite dâun meurtre à lâarme blanche commis à Jérusalem, le ministre de la Sécurité intérieure, Yitzhak Aharonovitch, qui était alors dans lâopposition, avait déclaré quâil était temps que âœle ministre de la Défense fasse preuve de fermeté à lâencontre des terroristes palestiniens et ordonne immédiatement aux forces de lâordre de démolir leurs maisonsâ.

Aujourdâhui, la position de Yitzhak Aharonovitch est quelque peu différente. âœLe ministre, en tant que responsable des forces de lâordre, ne juge pas un crime différemment selon lâorigine de son auteurâ, a indiqué un communiqué de son ministère. Sur le sujet de la démolition des maisons des terroristes, le communiqué précise que âœle dossier est entre les mains du ministère de la Défense, qui fera connaître sa position aux personnes concernéesâ. Ahmad Tibi, un député israélien de la liste arabe unie, déclare quâil ne comprend pas pourquoi la maison de Yaakov Teitel nâa pas encore été démolie. âœIl apparaît une fois de plus quâil y a deux poids, deux mesures, dit-il. Compte tenu des allégations portées contre Teitel, il est clair pour tout le monde que, sâil avait été arabe ou palestinien, les ministères auraient rivalisé pour être les premiers à donner lâordre de démolir sa maison, et je suis sûr que les bulldozers de M. Barak seraient déjà à lâœuvre.â

Tibi ajoute quâil est hostile à la démolition des maisons, mais que, âœsi Israël rase les maisons des Arabes accusés de terrorisme, la loi devrait également sâappliquer aux terroristes juifsâ.

(LDL)

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