Peres (Shimon)

Selon Jacques Attali, "tout est juif en lui, au plus haut niveau "

Jacques Attali - Dictionnaire amoureux du judaïsme (Ed. Plon/Fayard 2009 - p.365)

Même s'il m'est arrivé de rencontrer Golda Meir, Menahem Begin, Yitzhak Shamir, Benyamin Nétanyahou, Ehoud Barak, où Yitzhak Rabin; même si d'autres, comme Jabotinsky et Ben Gourion, mériteraient qu'on s'intéresse ici à leur destin, c'est de Shimon Peres que je souhaite parler. Parce que c'est un très grand homme d'État. Parce qu'il est devenu un ami au fil des années.

Venus en Palestine de Pologne en 1934 à l'âge de onze ans, Szymon Perski, issu d'une famille de lointaine origine espagnole, étudie dans une école agricole, puis s'engage dans la Haganah, qui devient, lors de l'Indépendance, l'armée israélienne dont il est nommé, en 1951, à moins de trente ans, responsable des ressources humaines et de la logistique.

Élu député travailliste en 1952, puis nommé directeur général du ministère de la défense en 1954, il organise la coopération militaire avec la France à un moment où les Américains refusent de vendre la moindre arme à Israël. Ministre presque sans interruption à partir de 1969, premier ministre en 1984 et 1995, à la mort de Rabin, il ne gagne jamais une élection en tant que chef de parti. Militant inlassable de la paix avec les voisins arabes, principal artisan des accords d'Oslo avec les Palestiniens, il partage le prix Nobel de la paix, en 1993, avec Rabin et Arafat. Après sa défaite électorale de 1996, il fonde le Centre Peres pour la Paix. Puis il revient au gouvernement avant d'être élu en 2007 neuvième président de l'État d'Israël.

Que de moments partagés avec lui ! La préparation, en secret, du plan d'austérité qui saura Israël de la faillite, en 1985 ; la tentative avortée pour négocier, à Paris ou au Maroc, avec Arafat, dès 1985. Son récit, un soir de confidence, de son dîner, à Paris, avec De Gaulle et Ben Gourion. Le dîner de famille qu'il organisa pour la bar-mitsva de mon fils, dans sa résidence de premier ministre d'Israël. Nos innombrables conversations, partout dans le monde, sur tous les sujets, à des heures impossibles, Shiùon ne dormant pratiquement jamais.

Tout est juif en lui, au plus haut niveau : son goût de l'Histoire, sa curiosité pour la science, sa passion de la jeunesse, le progrès technique, la prospective, son talent de conteur et d'écrivain, son art de ciseler les formules, son sentiment qu'Israël ne sera jamais heureux tant que les autres nations autour de lui ne le seront pas. Shimon est un grand homme d'État, un sage, incarnant le meilleur du judaïsme au sommet d'Israël.

Après lui, les trois élites qui ont fait Israël (agricole, administratives, militaire) auront fait leur temps. Elles seront remplacées par une élite scientifique, qui fait des à présent de ce pays la deuxième nation technologique au monde ; une élite nomade dont le sort ne sera plus lié au pays.
Après lui, tout sera possible. Surtout le pire.

(LDL)

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