Liberté religieuse

Adoption en Israël : l'orthodoxie, de gré ou de force.

Orly Vilnai - http://www.haaretz.com/hasen/spages/1134907.html

Nira et Yaron essaient d’avoir un bébé depuis huit ans. Ils ont tout fait – fertilisation in vitro, don d’œufs, traitements en Israël et à l’étranger. En vain. Le seul moyen de constituer une famille a été l’adoption. L’agence d’adoption Taf leur a déniché un bébé après quelques semaines de recherches et ils ont été invités et Biélorussie pour y adopter un bébé mâle abandonné de 11 mois. Leur bonheur ne connaît plus de limites.

Quand ils sont retournés en Israël, ils ont aussitôt entamé le processus de conversion du bébé au judaïsme. Ils se sont adressés au tribunal rabbinique d’Ashkelon, où siège le responsable de l’administration des conversions, le rabbin Yosef Avior. Le rabbin leur a dit que s’ils voulaient que le bébé fût converti, eux-mêmes devaient devenir des Juifs pratiquants. Le couple déclara à Avior qu’ils avaient un mode de vie laïque, mais qu’ils se conformaient aux commandements : Yaron pose ses phylactères chaque matin et Nira observe les commandements fondamentaux des femmes. Lors de l’entrevue, Nira et Yaron ont promis par écrit qu’ils élèveraient le petit Yair de la même façon.

Cela a pris quelque temps mais, à l’âge de 17 mois, Yair a subi la circoncision avec le consentement de l’administration des conversions.

Quand Yair a été un peu plus grand, le couple a décidé d’adopter un autre enfant. Ils ont rassemblé l’argent, 160.000 shekels (29.500 €), en empruntant à des parents et des amis et ont repris l’avion pour la Biélorussie. Quand ils sont revenus en Israël avec Dan, le petit frère de Yair, ils sont allés une fois de plus chez le rabbin Avior. Cette fois, le rabbin a refusé.

« Le frère aîné ne fréquente pas une école religieuse, que je sache », a-t-il dit, ajoutant que tant que ce ne serait pas le cas, il ne convertirait pas le bébé.

Il se fait que Nira et Yaron ne sont pas des cas isolés. Le rabbinat israélien exige des enfants adoptés qu’ils fréquentent des écoles orthodoxes et bien des parents produisent de faux certificats pour surmonter cet obstacle. Mais Nira ne voulait pas mentir, si bien que son mari et elle-même ont donc décidé d’inscrire leur fils dans une école religieuse.

Mais Yair a pleuré à chaudes larmes en apprenant qu’il allait devoir quitter ses copains d’école et aller dans une école orthodoxe bien loin de chez lui. Nira est retournée chez le rabbin et lui a dit qu’après tout, elle ne pouvait envoyer son fils dans une école orthodoxe. Le rabbin a répondu que si elle ne le faisait pas, il révoquerait le statut juif de Yair. Et il a confirmé son refus de convertir Dan.

« Les rabbins m’ont dit qu’à la maison, on pouvait prier devant une statue et manger du porc; l’enfant doit aller dans une école religieuse », a dit Nira.

Après plusieurs mois, les rabbins ont également rejeté la demande de Nira d’accomplir et de superviser la cérémonie de la circoncision de Dan. De ce fait, le couple a déboursé de l’argent pour une cérémonie privée : 4.000 shekels (700 €).

« C’est manifestement une contrainte religieuse », déclare Yaron. Je ne suis pas moins bon juif qu’un pratiquant. Nous sommes allés à l’armée, nous observons les commandements, nous travaillons dur et nous avons connu l’enfer tant que nous n’avons pas eu ces enfants. Pourquoi nous traitent-ils comme cela ? Qui sont-ils pour dire si nous sommes suffisamment juifs ? »

Sa femme, Nira, déclare : «J’ai demandé à Avior pourquoi il me faisait ça à moi. Il m’a répondu : ‘Ce n’est pas moi, c’est la Halakha [la loi juive]’. J’ai des amies qui ne croient même pas en Dieu. Ont-elles le droit d’élever des enfants ici ? »

L’ironie de cette histoire ressort d’une lettre adressée aux parents adoptifs lorsqu’ils sont rentrés en Israël. Sous l’en-tête « Cabinet du Premier ministre – Administration des conversions – Tribunaux rabbiniques spéciaux pour les conversion », la lettre félicite les parents à l’aide de la maxime talmudique : « Celui qui élève un orphelin en sa demeure sera considéré comme s’il l’avait lui-même mis au monde. » Il semble que les mots soient une chose et les actes une autre.

Le cabinet du Premier ministre affirma dans une déclaration que le statut de Juif de Yair n’était pas du tout remis en question et que, par conséquent, il n’avait pas été abrogé. De plus, la conversion de son frère n’avait pas encore débuté.

« Le côté particulièrement délicat de la conversion des enfants est manifeste, aux yeux de l’administration des conversions et tout spécialement dans le cas d’enfants adoptés. Par conséquent, l’administration des conversions a instauré au sein du tribunal des conversions une commission particulière spécialisée dans la question des conversions d’enfants. La commission agit selon les directives personnelles du responsable de l’administration des conversions, le rabbin Haim Druckman », disait la déclaration.

(LDL - trad. : JMF)

Les titres et intertitres sont de la rédaction du site