Khader (Naïm)

A qui a profité l'assassinat de Naïm Khader à Bruxelles en 1981 ?

Naïm Khader est né le 30 décembre 1939 à Zababdeh, petit village de Palestine, près de Djenine. Il était le sixième enfant d'une famille qui allait en compter sept. Naïm Khader a neuf ans quand meurt son père, berger et petit agriculteur.

Jusqu'à 12 ans, Naïm Khader fréquente le l'école de son village dont le curé l’incite à poursuivre ses études. L'adolescent se retrouve au petit séminaire de Beit Jala, dans les environs immédiats de Bethléem. C'est là qu'il apprend le français, le cours d'arabe lui-même se donnant dans la langue de Voltaire. Après le petit, le grand séminaire, où le jeune homme fait, pendant cinq ans, de 1958 à 1963, des études extrêmement brillantes.

Pendant la sixième année, au cours de laquelle les séminaristes sont appelés à prononcer leurs voeux, Naïm Khader renonce à devenir prêtre.

Deux années d'enseignement dans des écoles locales, et d'hésitations aussi quant à son avenir, puis Naïm Khader se décide : il s'inscrira à la Faculté de Droit de l'Université de Louvain, où il arrive en 1966.

Ses études, il les paye en exécutant de petits travaux : il fait la lecture à un aveugle, le service dans des cafés, etc.

Docteur en droit en 1969, il reste à l'université et obtient un diplôme d'Etudes des pays en voie de développement. La même année, il est élu président du Cercle International des Etudiants Etrangers après avoir été Président des Etudiants Arabes de l'Université de Louvain.

En 1970, Naïm Khader commence, à l'Université Libre de Bruxelles, une licence spéciale en droit international. Ces études il les mène de pair avec son activité professionnelle : il est successivement employé à l’ambassade d'Arabie Saoudite et au bureau de la ligue Arabe en Belgique, chaque fois comme responsable du service de presse.

Mais déjà il s'est lancé dans l'action politique. Ayant milité depuis 1968 dans le Fatah, le principal des mouvements qui composent l'Organisation de Libération de la Palestine , il se met au service de l'OLP dont il devient rapidement le représentant officieux.

Ces activités augmentent au fur et à mesure que croît la stature internationale de l'OLP. Sa nomination comme directeur du bureau de cette organisation à Bruxelles est, de ce point de vue, une consécration.

En octobre 1976 le gouvernement belge le reconnaît officiellement. Les responsabilités de Naïm Khader prennent de plus en plus d'ampleur. Son insertion dans les milieux belges est favorisée, non seulement par son zèle, ses qualités diplomatiques et intellectuelles, mais aussi par une familiarité qu’explique, entre autres, son mariage, en 1972, avec une jeune Belge, Bernadette Reynebeau.

Les missions dont l'OLP charge Naïm Khader l'amènent à prendre part en plus à des sessions de l'assemblée générale des Nations-Unies, à un grand nombre de conférences internationales organisées entre autres sous l'égide de la CNUCED (Conférence des Nations-Unies pour le Commerce et le Développement), de la Conférence Interparlementaire, de l’ECOSOC, du PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement). Il y dirige quelquefois fois la délégation palestinienne et obtient pour son organisation des succès importants : reconnaissance par exemple de l'OLP comme membre à part entière du groupe asiatique puis du « groupe des 77 » (groupe des pays non-alignés).

En même temps, il joue un rôle toujours plus marqué dans l'ébauche le développement du « Dialogue Euro-Arabe ». À Bruxelles il multiplie les contacts avec la commission qui dirige la CEE (Communauté Economique Européennes) et notamment avec Claude Cheysson et Gaston Thorn; on le rencontre faire fréquemment à Luxembourg et à Strasbourg, au Parlement Européen. Si, lors de la conférence de Venise, en juin 1980, l'Europe des Neuf reconnaît au peuple palestinien et à l'OLP une série de droits essentiels, l'inlassable activité de Naïm Khader (qui était membre de la commission des affaires étrangères du Conseil National Palestinien), dans les négociations préalables, n'est pas étrangère à ce tournant dans les rapports entre l'Europe et le monde arabe.

Le 1er juin 1981 à 9h du matin, alors qu'il se rendait à son bureau, Naïm Khader a été abattu de sept balles de révolver devant son domicile. Une exécution manifestement de la main d'un homme de main entraîné, un "professionnel".

L’enquête judiciaire n’a jamais permis d’identifier les commanditaires de cet assassinat. On a soupçonné principalement le "groupe Abou Nidal" et les services secrets israéliens. Un homme - un étudiant palestinien vivant à Vienne - un simple exécutant si on admettait sa culpabilité - a été jugé pour ce meurtre 18 ans après les faits, et acquitté au bénéfice du doute.

L'OLP était - dit-on - sur le point, de nommer Naïm Khader pour la représenter à Paris. L'annonce de cette désignation était attendue vers le 15 juin 1981. Naïm Khader était devenu, on l'a vu, un familier de Claude Cheysson, que François Mitterrand venait de nommer au poste de Ministre des Affaires étrangères de la France.

D'aucuns ont formulé l'hypothèse que le gouvernement israélien n'était pas exactement enchanté par la perspective de voir en poste à Paris un représentant de l'OLP à la fois aussi dynamique et ayant à ce point l'oreille du nouveau pouvoir. Cela aurait parfaitement pu justifier sa liquidation. Cette hypothèse n'est d'ailleurs pas forcément contradictoire avec celle d'une exécution par le "Fatah-Conseil révolutionnaire" (déjà reconnu responsable de l'élimination de plusieurs responsables de l'OLP en Europe, comme Saïd Hammami à Londres et Ezzedine Kalak à Paris), dans la mesure où le "groupe Abou Nidal" était considéré comme ayant des relations pour le moins troubles avec les services secrets israéliens.

«On ne saura sans doute jamais qui a armé la main du tueur (...). Dans le doute, on a coutume de demander à qui profite le crime. Dans le cas présent, le profit pourrait bien être partagé. La question, dès lors, devrait être de savoir à qui ce crime-là profite le plus.
Que le représentant de l'OLP à Bruxelles ait réussi à donner du peuple palestinien et de ses dirigeants une image qui gênait le gouvernement israélien de l'époque, présidé par le chef de la droite Menahem Begin, ne fait aucun doute. Il ne présentait par le visage du terrorisme auquel les dirigeants israéliens voulaient assimiler tout responsable palestinien. (...) Du côté des pays arabes, la décision de l'OLP d'accepter la coexistence de deux Etats sur la terre de Palestine lui avait valu l'opposition des régimes les plus radicaux, et avec eux des groupements palestiniens qu'ils protégeaient. Pour ceux-là aussi,l'image du Palestinien telle que la présentait Naïm Khader était gênante. Elle était celle de la capitulation devant l'ennemi sioniste, de l'abandon du juste combat, de la trahison d'une cause arabe qui visait toujours la disparition d'Israël en tant qu'Etat
», note Robert Verdussen dans son livre consacré au représentant de l'OLP à Bruxelles assassiné (voir les références ci-dessous).

Naïm Khader repose au cimetière chrétien de Oum El-Hirav, à quelques kilomètres au sud de la capitale jordanienne.

Ce texte provient pour partie d'un livre d'hommage à Naïm Khader publié par les Editions Vie Ouvrière en novembre 1981, sous le titre "Naïm Khader - Le sens d'une vie", et d'éléments figurant dans le livre de Robert Verdussent : "Naïm Khader - Prophète foudroyé du peuple palestinien" - Ed. Le Cri - 2001

(LDL)

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