Cinéma

Mohamed goes to Hollywood

Comment le cinéma US et celui d’Hollywood, en particulier, prépare les esprits - à l’échelle planétaire - pour que s’accomplisse l’"œuvre" de la plus grande démocratie autoproclamée. Le projet de société pensé et planifié par les "maîtres du monde" passe par un conditionnement sournois qui utilise l’industrie cinématographique, de longue date, comme arme de propagande.

La très étroite collaboration entre la CIA et les scénaristes de Hollywood, et plus généralement les milieux artistiques et intellectuels (tout spécialement les "intellectuels pour plateaux télé"), depuis les lendemains de la deuxième guerre mondiale, a été depuis longtemps mise en évidence et analysée.

Ainsi, dans son livre "Qui mène la danse ? - La CIA et la guerre froide culturelle" (E. Denoël, 2003), Frances STONOR-SAUNDERS mettait en évidence comment «de Raymond Aron à Jackson Pollock, en passant par Arthur Koestler, Ignazio Silone et Igor Stravinski, de très nombreuses personnalités du monde littéraire et artistique ont été généreusement rémunérées, utilisées par les services secrets américains, soit directement soit par des "officiers traitants", soit encore par l'intermédiaire de "fondations"». L'Europe occidentale était la cible privilégiée de cette offensive idéologique secrère, et comme le notait l'auteur «Un trait essentiel de ce programme était de prétendre qu'il n'existait pas».

Les méthodes utilisées dans le cadre de la "guerre froide" n'ont évidemment pas été jetées aux oubliettes après la dislocation de l'URSS.

Les Etats-Unis n'ont pas tardé à se trouver de nouveaux ennemis à combattre aux quatre coins du monde, et continuent à appliquer leurs bonne vielles méthodes, avec quelques moment paroxystiques comme la campagne destinée à convaincre le monde entier que l'Irak de Saddam Hussein représentait une fantastique puissance militaire hostile à cause de ses "armes de destruction massives", soi-disant capables d'atteindre Londres en quelques minutes. La suite a démontré qu'elles n'ont jamais existé que pour les besoins d'une campagne mensongère qui, pour être caricaturale, n'était ni la première ni la dernière du genre.

Le documentaire présenté ici passe à la loupe un des aspects les plus calomnieux de l’histoire du cinéma et que personne n’avait jamais osé contester depuis l’époque du muet jusqu’aux grandes productions hollywoodiennes d’aujourd’hui. Présenté par Jack Shaheen (Professeur, Université Sud-Illinois, USA), le film relève la longue succession d’images dégradantes qui ont été utilisées pour représenter les Arabes au cinéma.

Des bandits bédouins aux jeunes filles soumises, en passant par les cheiks sinistres et les terroristes armés, ce documentaire jette un éclairage dévastateur sur l’origine de ces portraits stéréotypés et sur leur apparition à des moments clés de l’histoire des États-Unis, démontrant du même coup les lourdes conséquences de cette représentation aujourd’hui.

Jack Shaheen montre comment, au fil des ans, la persistance de ces images a fait en sorte de banaliser les préjugés entretenus à l’égard des Arabes et de la culture arabe, ce qui aurait eu pour effet de renforcer une vision étroite des individus d’origine arabe et d’accroître les répercussions des politiques intérieures et internationales des Etats-Unis sur leur vie. En incitant le spectateur à réfléchir sur les conséquences sociales, politiques et simplement humaines de ces caricatures hollywoodiennes, ce film souhaite faire reconnaître l’urgence d’offrir un point de vue opposé qui rendrait justice à la diversité et au caractère humain du peuple arabe, tout en faisant ressortir le vrai visage et la richesse de l’histoire et de la culture arabes.



Dans le commentaire de la 3ème partie, à 2'45", une erreur matérielle s'est glissée. La "voix off" parle de "1,3 million de personnees" au lieu de 1,3 milliard de personnes" (l'ensemble du "monde arabo-musulman", selon l'expression employée).

(LDL)

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