Blocus

A Gaza, les pauvres vendent leurs maisons détruites, par petits bouts...

Quelques jours dans la bande de Gaza. Rien n'a beaucoup changé, 10 mois après la fin de la guerre. Il reste toujours des quartiers dévastés. Il y avait plus de 400.000 tonnes de batiments détruits. L'ONU et les organisations humanitaires subventionnent le déblaiement mais calculent qu'il faudra encore des mois avant de nettoyer.

Quelques ilots d'habitation détruits sont restés en l'état. Ici et là, des bulldozers, des marteaux- piqueurs cassent les blocs de béton. Des ouvriers en extraient les tiges d'acier filetées. Des habitants ramassent des gravats. Car tout peut être utile. Les tiges de béton armé sont détordues patiemment pour refaire de nouvelles tiges d'acier. Les pauvres revendent des charrettes de gravats . Les parpaings réduits en petits morceaux ou en poudres peuvent servir à faire du gravier ou à reconstituer des blocs. On vend le plateau de charrette 10 shekels (2 €).

"Ce sont nos maisons détruites qu'on vend" me dit un vieux qui fait vivoter sa famille avec ce petit commerce.

Car tout manque. Le blocus israélien continue sur tous les matériaux qui pourraient servir à la construction. Pour Israêl, le Hamas pourrait s'en servir pour faire des bunkers.

Pas de ciment donc pour construire, pas de fer, pas de verre pour les fenêtres etc.. Dans les tunnels de contrebande de Rafah, sous la frontière égyptienne, on fait naturellement passer quelques sacs de ciment. Mais ce n'est pas très intéressant pour les passeurs, nous dit l'un d'eux.. D'abord, il faut reverser les sacs de ciment en papier dans des sacs de toile plus résistants, car le papier percerait dans le transport. Ensuite la poussière de ciment est pénible. Surtout, le ciment ayant vu le prix augmenter de 10 fois, les habitants de Gaza en achètent peu. En tout cas, pas pour de véritables constructions, mais pour de petites réparations, arranger l'encadrement d'une fenêtre, le chambranle d'une porte etc...

Pas de ciment, donc pratiquement pas de reconstruction. La conférence des donateurs internationaux s'était engagé à offrir plus de 4 milliards de dollars d'aide pour la reconstruction à Gaza, mais les matériaux ne passent pas.

Les cimenteries de Gaza sont à l'arrêt. Dans l'une d'elle, des ouvriers attendent sur un banc. Attendent quoi? Leur entreprise Abou Eida avait 4 usines. Détruites, parfois systématiquement à l'explosif. Ils ont réussi à en remonter une avec les décombres . "Elle peut marcher à 90%, nous dit un technicien. Encore faudrait-il avoir la matière première pour la tester. On attend que le ciment entre"

L'agence de l'ONU, l'UNRWA, ne manque pas d'argent par exemple, mais ne peut faire passer des fenêtres pour ses écoles, alors que beaucoup de carreaux ont été cassés durant la guerre. Un porte-parole craint que l'hiver ne soit difficile dans les écoles sans carreaux. Il manque aussi des fournitures scolaires, cahier et livre, car il n'y a pas assez de livraison de papier.

Ah si, en entrant à Gaza, par le terminal d'Erez, on découvre des travaux . Mais c'est seulement le passage grillagé et abrité construit par les Israéliens pour mener de leur terminal au poste de police palestinien.

(LDL)

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