Barghouti ( Marwan )

La forte promesse de Barghouti

Denis SIEFFERT - Politis N° 1075 du 5 novembre 2009

Depuis sept ans, Marwan Barghouti est détenu dans une prison de haute sécurité israélienne. À lui seul, il porte le débat apparemment non résolu sur les mots : « terroriste » pour les uns, « résistant » pour les autres. La lecture de ses écrits de prison publiés par la jeune maison dâéditions Arcane 17 (1) permet assez vite au lecteur de se faire une opinion sur le genre dâhomme quâil est. Sûrement pas le « terroriste » assoiffé de sang, partisan dâune violence aveugle, quâun tribunal militaire israélien a condamné à la prison à vie. Il ne se réduit pas non plus à lâimage dâhomme de terrain, dirigeant de lâIntifada en Cisjordanie, que ses partisans et les médias ont dessinée. Page après page, câest un politique clairvoyant qui apparaît, parfois critique pour ses plus proches amis du Fatah, son mouvement.

Un rassembleur et un démocrate. Il faut lire ou relire sa plaidoirie devant ce tribunal qui lâavait condamné avant de lâavoir entendu. Barghouti y retrace toute lâhistoire du conflit. Il propose une lecture lucide et argumentée des événements, et ne réécrit pas lâhistoire, même quand celle-ci ne lui a pas donné raison : ses rêves et ses illusions au moment dâOslo témoignent de la psychologie de tout un peuple dont il est issu, et dont il ne sâéloigne jamais ni par les espérances ni par les désillusions.

Marwan Barghouti démonte la mécanique du discours israélien, cette fable de la « confiance » quâil faudrait établir entre les deux peuples, qui justifie toutes les lenteurs et tous les retards dans lâapplication des accords. Pour lui, le processus de paix « prend fin lorsquâun extrémiste israélien assassine Yitzhak Rabin ». Il juge avec lucidité le bilan désastreux du travailliste Ehud Barak, qui ne réalise « aucun retrait dâun quelconque village palestinien » alors quâil est au pouvoir (1999-2001), et détruit idéologiquement la gauche israélienne.

Mais les écrits les plus forts sont peut-être ceux qui sâadressent aux forces politiques palestiniennes. On lira avec passion le fameux « document des prisonniers » (mai 2006) appelant les factions palestiniennes à lâunité, lâappel « à la fin des combats fratricides » entre le Fatah et le Hamas, en mai et juin 2007. Barghouti nâépargne jamais le Fatah, dont il pointe aussi les écrasantes responsabilités. Puis, en guise de conclusion, la récente adresse au 6e congrès du Fatah. On y découvre un homme inscrit dans la modernité, critiquant les médias palestiniens et leur mode de communication, notamment en direction de lâopinion internationale. On y voit surtout un démocrate sans concession. Et on se dit que le seul fait quâIsraël refuse de libérer cet homme est déjà un aveu. Lâaveu quâIsraël préfère les plus radicaux du Hamas et du Jihad à lâadversité politique dâun homme qui invoque le droit et la démocratie, et reste fidèle à sa promesse « de lever la bannière de la résistance jusquâà la fin de lâoccupation ».

(1) La Promesse, Marwan Barghouti, éditions Arcane 17, 288 p. - 17 €
(LDL)

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