Négociations

Les "accords d'Oslo", tout sauf un contrat de mariage entre égaux

Alain Gresh - "Israël-Palestine. Vérités sur un conflit" - Ed. Fayard 2001 -pp. 162 et ss.

À la fin des années 1980, une redistribution des cartes s'opère sur la scène internationale et régionale : l'Union soviétique sombre et les États-Unis emportent une victoire éclatante sur l'Irak. Pour libérer le Koweït, Washington a pris, au nom du « droit international », la tête d'une croisade dans laquelle se sont enrôlés l'Égypte, l'Arabie Saoudite, la Syrie et d'autres pays arabes.

Mais le droit international ne s'applique-t-il pas aussi à la Palestine ? Pourquoi les résolutions des Nations-Unies seraient-elles pertinentes pour le Koweït mais resteraient lettre morte pour la Palestine ?

Poussés par leurs alliés arabes, les États-Unis contribuent de manière décisive à la convocation d'une conférence de paix à Madrid en octobre 1991 : pour la première fois depuis 1949, des délégations des divers pays arabes, des Palestiniens et d'Israël se retrouvent autour d'une même table.

La « fatigue » des deux camps contribue aussi au dégel. En Israël, un Mouvement pour la paix divers, composite, a grandi. Le ciment idéologique qui soude le pays s'est délité. Une partie des jeunes refusent les trois années de service militaire obligatoire sauf pour les élèves des écoles religieuses. Ils veulent une vie « normale », ne vibrent pas aux noms bibliques de Judée et de Samarie, n'ont aucune vocation de « pionniers ». De leur côté, les Palestiniens, abattu par une coûteuse résistance, aspirent à voir reconnaître rapidement leurs droits sur la Cisjordanie et Gaza.

En marge des négociations israélo-arabes, Israéliens et Palestiniens se réunissent secrètement à Oslo et adoptent une « Déclaration de principes sur les arrangements intérimaires d'autonomie ».

« Il est temps, affirment le gouvernement israélien et l'Organisation de Libération de la Palestine, de mettre fin à des décennies de conflit, de reconnaître nos droits légitimes et politiques réciproques, de s'efforcer de vivre dans la coexistence pacifique et la dignité et la sécurité mutuelle, et de parvenir à un règlement de paix juste, durable et global ainsi qu'à une réconciliation historique. »

Le 13 septembre 1993, à Washington, sous la tutelle bienveillante du président américain Bill Clinton, Yasser Arafat et Itzhak Rabin se serrent la main. Un espoir fou balaye la région, le monde. Palestiniens et Israéliens semblent parvenus au bord de la paix.

Que prévoient les accords d'Oslo ? Une période d'autonomie de cinq ans en Cisjordanie et à Gaza, pendant laquelle une autorité palestinienne administrera la vie des Palestiniens. L'armée d'occupation se redéploiera en dehors des villes et des villages mais continuera de contrôler les frontières extérieures ainsi que la sécurité et les colonies. Les principaux contentieux - tracé des frontières, Jérusalem, réfugiés, colonies, etc. - sont laissés « en suspens » et feront l'objet de négociations sur un arrangement permanent, censées commencer dès la troisième année de l'autonomie, soit en mai 1996. La philosophie des accords, définie par la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations Unies, est résumé dans la formule : « la paix contre les territoires ». Mais Israël exigera la paix, et les territoires...

Le flou, l'« ambiguïté constructive », comme disaient les Américains, caractérisait le texte d'Oslo. Celui-ci représentait néanmoins une occasion historique de mettre fin au conflit sur la base de la coexistence de deux peuples, de deux Etats. Cette chance, il faut l'admettre, a été ratée. Certains proclament qu'ils avaient prévu, que l'issue était inéluctable. Pourtant l'histoire dépend des hommes et des femmes qui la font. Ni l'assassinat de Itzhak Rabin par un extrémiste israélien, ni la victoire de la droite israélienne aux élections de 1996 par quelques milliers de voix, ni les erreurs de calcul des coûts de Ehoud Barack n'étaient inscrit « dans le ciel ».

Bien sûr, l'échec résulte aussi de tendances lourdes. La paix a été manquée avant tout parce que la puissance dominante, Israël, gouvernement comme opinion publique, a refusé de reconnaître l'autre, le Palestinien, comme un égal, comme un être humain et jouissant des mêmes prérogatives que tout être humain.

Le droit des palestiniens à la dignité, à la liberté, à la sécurité et à l'indépendance a été systématiquement subordonné à celui des Israéliens. On ne le rappellera jamais assez : les accords d'Oslo n'étaient pas un contrat de mariage entre deux époux égaux en droits et en devoir, mais un arrangement entre un occupant et un occupé. L'occupant imposa, à chaque étape et avec l'appui des États-Unis, son seul point de vue. Si une dizaine d'accords furent signés entre 1993 et 2000, seule une faible proportion des obligations inscrites dans les textes furent appliquées : tous les prisonniers politiques palestiniens ne furent pas libérés, le port de Gaza ne fut pas construit, le « passage sûr » entre la Cisjordanie et Gaza fut entrouvert avec cinq ans de retard sur le calendrier, etc. Yitzhak Rabin proclamait que « aucune date n'est sacrée ». Les délais accumulés useront la patience de palestiniens...

La paix qui aurait dû déboucher sur l'indépendance de la prospérité, véhiculait vexations et privations. La gangrène de la colonisation dévorait les terres, inexorablement. Le gouvernement israélien a imposa un découpage kafkaïen de la Cisjordanie en zone A, B. et C : la zone A - les grandes villes - sous contrôle total palestinien ; la zone B. - la grande majorité des villages palestiniens - sous autorité administrative palestinienne, l'armée israélienne restant responsable de la sécurité ; la zone C. occupée. En l'an 2000 au moment où éclate la seconde Intifada, l'Autorité palestinienne règne sur des confettis éparpillés sur seulement 40% de la Cisjordanie (si on additionne les zones à et B.) et sur les deux tiers de la bande de Gaza.

(LDL)

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