Abbas ( Mahmoud )

Abbas ou la soumission chronique à l'occupant

Amira Hass (Octobre 2009) - Haaretz

Lors d’un simple coup de fil à son agent à Genève, Mahmoud Abbas a prouvé son mépris envers l’action populaire et son manque de foi dans son pouvoir cumulatif et dans l’importance des mouvements de masse dans les processus de changement.

Depuis neuf mois, des milliers de gens – les Palestiniens, leurs partisans à l’étranger et les militants israéliens opposés à l’occupation – se sont démenés pour faire en sorte que le legs de l’offensive militaire israélienne contre Gaza ne fût pas consigné dans la boîte à ordures des nations occupantes obsédées par leurs sentiments de supériorité.

Même en Israël, grâce au rapport Goldstone, des voix se sont mises à bégayer à propos de la nécessité d’une enquête indépendante sur l’offensive. Mais, peu de temps après qu’Abbas, chef de l’Organisation de libération de la Palestine, eut reçu le consul général américain, jeudi, il plongeait sur le téléphone pour notifier à son représentant au Conseil des droits de l’homme de l’ONU de demander à ses collègues de reporter le vote sur l’adoption des conclusions du rapport.

Le poids des pressions américaines et la reprise des pourparlers de paix sous-tendaient le geste d’Abbas, a-t-on dit. Les porte-parole palestiniens ont émis diverses versions à l’issue du week-end, dans une tentative de présenter l’affaire sous un jour cascher, expliquant que ce n’était pas une annulation mais un report de six mois, que cherchait Abbas.

Les représentants américains et européens à Genève soutiendront-ils l’adoption du rapport d’ici six mois ? Israël tiendra-t-il compte des lois internationales dans les mois à venir, cessera-t-il de construire dans les colonies et annoncera-t-il des négociations immédiates à propos de leur démantèlement et de l’établissement d’un État palestinien dans les territoires occupés ? Est-ce cela que l’adoption du rapport aurait mis en danger ? Bien sûr que non.

Ce coup de fil témoignait d’une solide dose de folie politique et d’imprévoyance, à la veille de la célébration par le Hamas de sa victoire en libérant vingt prisonnières. Et, ce jour-là, précisément, Abbas assura les gros titres à Gaza en mettant en lumière le défaitisme de l’OLP et en crachant au visage des victimes de l’offensive – en tout cas, c’est ainsi que la chose fut ressentie à Gaza et ailleurs.

Abbas confirmait en fait que le Hamas est la véritable direction nationale et il amenait de l’eau au moulin de ceux qui prétendent que la voie du Hamas - celle de la lutte armée – engrange des résultats, alors que les négociations n’y arrivent pas.

Il ne s’agissait nullement d’une gaffe isolée, mais d’un schéma qui s’est maintes fois reproduit depuis qu’en compagnie de Norvégiens naïfs et de juristes israéliens retors, l’OLP a concocté les accords d’Oslo. Le mépris et l’absence d’intérêt pour la connaissance et l’expérience accumulées dans la longue lutte populaire des habitants des territoires occupés ont mené aux premières erreurs : l’absence d’une déclaration explicite de ce que l’objectif consistait à établir un État à l’intérieur de frontières bien définies ; le fait de n’avoir pas insisté sur un arrêt de l’implantation de colonies de peuplement ; l’oubli des prisonniers ; l’aval de l’arrangement à propos de la Zone C, etc.

La docilité chronique s’explique toujours par un désir de « faire avancer les choses ». Mais, pour l’OLP et le Fatah, l’avancée des choses réside dans la poursuite même de l’existence de l’Autorité palestinienne qui, aujourd’hui plus que jamais, fonctionne comme un sous-traitant des Forces de défense israéliennes, du service de sécurité Shin Bet et de l’Administration civile.

C’est une direction qui a été convaincue que la lutte armée ne peut amener l’indépendance – en tout cas, pas face à la supériorité militaire israélienne. Et, en effet, les répercussions désastreuses de la seconde Intifada sont la preuve de cette position. C’est une direction qui croit en la négociation en tant que moyen stratégique d’obtenir un État et l’intégration de cet État dans un monde modelé par les États-Unis.

Mais, dans un tel monde, il existe des bénéfices personnels découlant de la docilité chronique, bénéfices dont profitent les dirigeants et leur proche entourage. Et ce sont ces bénéfices personnels qui déterminent la tactique.

N’y a-t-il vraiment de choix qu’entre les négociations et le théâtre de la lutte armée, comme l’a conclu l’Autorité palestinienne ? Non.

Le véritable choix se situe entre les négociations en tant que composante d’une lutte populaire ancrée dans le langage de la culture universelle de l’égalité et des droits, et les négociations entre partenaires d’affaires et un partenaire de second rang exprimant servilement sa gratitude à l’adresse d’un partenaire plus important qui s’est montré généreux.

(LDL (JML))

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