Liberté religieuse

Israël, la seule "démocratie occidentale" qui ne garantit pas la liberté religieuse aux juifs

Yizhar Hess ( Secrétaire général du Mouvement traditionnel en Israël.) | Yediot Aharonot - Courrier International - 24 sept. 209

Profitant de leur mainmise sur les budgets destinés aux affaires religieuses, les fondamentalistes excluent les autres courants du judaïsme, mettant ainsi en question la liberté de culte.

Récemment, le ministre des Affaires religieuses, Yaakov Margi [Shas, religieux orthodoxe séfarade], a fait la déclaration suivante : “Si le judaïsme réformé et le judaïsme traditionnel* ­veulent leurs synagogues et leurs mikvehs [bains rituels], ils n’ont qu’à les construire avec leur argent. Ils n’auront pas un sou de l’Etat.”.

Ne parlons pas d’idéologie mais de chiffres. La plupart des Juifs dans le monde appartiennent au judaïsme réformé et au judaïsme traditionnel, tandis que le judaïsme orthodoxe ne représente qu’une minorité, y compris en Israël, où seuls 20 % des citoyens juifs se définissent comme tels. Le judaïsme américain, dont les relations avec Israël constituent un enjeu stratégique, est quant à lui de façon écrasante à majorité réformée ou traditionnelle.

Si l’on constate une indifférence croissante des Juifs américains à l’égard d’Israël, c’est entre autres à cause des discriminations dont les Juifs non orthodoxes y sont victimes. En effet, si le pays ne reconnaît pas leur judéité ou la rejette, comment ces Juifs pourraient-ils ressentir une quelconque sympathie ou empathie pour cet Etat ? Dès lors, confier le ministère des Affaires religieuses au parti Shas revient à faire courir un risque à l’Etat d’Israël, ni plus ni moins.

D’un point de vue démocratique, l’attitude du ministre Margi n’est pas seulement culottée mais injurieuse. Véritable reliquat des années 1950 [quand le Parti travailliste gouvernait en binôme avec les orthodoxes et les nationalistes religieux], le ministère des Affaires religieuses jouit d’une indépendance budgétaire sans pareille. Dans ces conditions, pourquoi le Shas n’abuserait-il pas de sa position de force ?

En 2008, sous la précédente législature [2006-2009], lorsque Yitzhak Cohen [Shas] a récupéré ce ministère, il a hérité d’un budget s’élevant à 430 millions de shekels [78 millions d’euros]. Ce montant a servi à éponger les dettes des conseils religieux, à rénover 300 mikvehs, à en bâtir 37 nouveaux et à ériger 79 nouvelles synagogues. En tout, ce sont plus de 500 bâtiments à usage religieux qui ont été construits ou restaurés. Mais aucun d’entre eux ne relève du judaïsme réformé ou du judaïsme traditionnel. Cependant, cela ne suffit manifestement pas au bonheur des dignitaires du judaïsme orthodoxe d’Israël, puisque le budget du ministère des Affaires religieuses n’est pas leur seule source de financement. Ce sont en effet tous les ministères (Education, Logement, Construction, Infrastructures nationales ou encore Défense) qui maquillent de façon hypocrite certains postes budgétaires pour verser leur obole à la communauté orthodoxe et financer des milliers d’emplois. Près de 3 000 rabbins dépendent ainsi directement du budget de l’Etat, et tous, ô surprise, relèvent du judaïsme orthodoxe.

Nous, membres du Mouvement traditionnel en Israël, n’avons que faire de nouveaux mikvehs. Nous serions bien heureux de pouvoir utiliser ceux qui existent déjà (certains sont d’un luxe déplacé) grâce au budget de l’Etat. Or les Juifs qui ne sont pas de rite orthodoxe en sont bannis, aussi terrible que ce terme puisse paraître.

Pour ne prendre qu’un exemple, lorsqu’une future épouse désire se rendre au mikveh de sa localité avant le mariage et que le rabbin appelé à présider la cérémonie s’avère être de rite traditionnel ou réformé, la femme est purement et simplement mise à la porte de l’établissement de la façon la plus humiliante qui soit. Et il ne se passe pas de jour sans que des croyants juifs non orthodoxes subissent des vexations sans nom. La conclusion consternante de tout cela est qu’Israël est la seule démocratie occidentale qui ne garantit pas la liberté de culte aux Juifs. Il faut mettre un terme à cette situation absurde.

* Le judaïsme traditionnel (appelé “conservateur” aux Etats-Unis) est un courant religieux né en Europe centrale à la fin du XIXe siècle en réaction à la fois à l’orthodoxie juive et à un judaïsme réformé (appelé “libéral” dans le monde francophone), “trop” imprégné des principes hérités des Lumières.

(LDL)

Les titres et intertitres sont de la rédaction du site