Eau

Pour «faire fleurir le désert», les sionistes privent l'agriculture palestinienne de son eau

Henry Laurens, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'histoire contemporaine du monde arabe - "Paix et Guerre au Moyen-Orient - L'Orient arabe et le monde de 1945 à nos jours" - Ed. A. Colin 1999

Depuis la fin des années 1960, les Israéliens consomment la totalité des ressources hydrauliques renouvelables de l'État hébreu soient environ 1610 - 1650 millions de mètres cubes. La croissance de leur consommation passe par l'appropriation des eaux des territoires occupés (Cisjordanie, 850 millions de mètres cubes dont 650 facilement exploitables, Gaza 80 millions).

À la fin des années 1980, si la population arabe de l'ancienne Palestine mandataire (1) représente 41 % de la population totale, elle n'a droit qu'à une faible fraction des ressources : Israël en reçoit 86 %, les Arabes des territoires occupés 8 à 12 % et les colons 2 à 5 %.

Un soldat israélien contrôle la destruction d'une installation d'irrigation construite par un agriculteur palestinien, près de la colonie juive de Qiryat Arba'a (Hebron), le 8 juin 2009.

Cette répartition n'est possible qu'avec la mise en place d'une législation discriminatoire : alors que sous le mandat (1) l’eau était considérée comme une propriété privée, la juridiction israélienne étendue aux territoires occupés la considère comme une propriété collective. Le droit d'utilisation est soumis à un permis accordé par les autorités militaires administrant les territoires. La culture irriguée arabe est sévèrement limitée et le coût de l'eau distribuée par le réseau étatique, grâce à un jeu subtil sur les subventions, est quatre fois moins chère pour un agriculteur israélien que pour un Arabe.

De plus, les palestiniens n'ont pratiquement pas la possibilité de forer de nouveaux puits (5 autorisations depuis 1967) (2) alors que les colons peuvent disposer de puis très profonds qui assèchent les puits arabes dont la profondeur est limitée. L'agriculture palestinienne est ainsi astreinte à des conditions qui l'empêchent de se développer et, dans certain cas même, la force a régresser tandis que les colons ont tous les moyens de « faire fleurir le désert » selon le thème favori de la propagande sioniste.

La question de l'eau est cruciale pour les territoires occupés. Il est peu pensable qu'Israël puisse accepter une véritable indépendance des territoires occupés quand on sait que le potentiel en eau commun à Israël et à la Cisjordanie (les pluies qui tombent sur les hauteurs des territoires et qui passe dans les nappes phréatiques partagées par les deux régions) est de 475 millions de mètres cubes, consommés à 95,5 % par Israël. La fin des prélèvements israéliens sur les territoires aboutirait à un déclin inévitable de l'agriculture et de l'industrie de l'État hébreu.

(1) l'expression fait référence au mandat britannique sur la Palestine (2) donc en 31 ans, de 1967 à 1999, date de parution de ce texte
(LDL)

Les titres et intertitres sont de la rédaction du site