al-Qaïda

Israël a coulé Arafat, couronné le Hamas et mis au monde al-Qaïda à Gaza

Nehemia Shtrasler - Haaretz - 18 août 2009

Cette semaine, c’était le quatrième anniversaire du retrait de Gaza et il semble que le territoire se profile de façon de plus en plus radicale, que la paix soit de plus en plus éloignée et que les colons qu’on a évacués de l’enclave soient de plus en plus amers. Ariel Sharon et la majorité du peuple israélien qui a appuyé ce départ auraient-il fait une mauvaise affaire ?

Les colons de Gaza ont gagné beaucoup de temps. Ils avaient deux objectifs : obtenir du gouvernement d’énormes montants compensatoires et maintenir la question à l’ordre du jour, comme une plaie ouverte, en quelque sorte, comme une expérience on ne peut plus traumatisante et coûteuse, au point que tous les hommes politiques à même de rêver d’une telle solution en Cisjordanie se diront que la chose est inconcevable.

Dans la façon de traiter les évacués, le gouvernement Sharon n’a omis aucune bévue. Au lieu de donner à chacune des 1.751 familles une somme d’argent décente et de dire : « Désormais, votre avenir vous appartient » – c’est la façon même dont nous accueillons et absorbons les immigrés –, il a mis en place une vaste et pesante administration qui, bien vite, a vu affluer d’interminables demandes et doléances de la part des évacués. Et voilà que, tout récemment, le gouvernement a accepté que cette administration opère une année de plus et que la Knesset discute une proposition de loi en vue d’accroître le montant des compensations accordées aux personnes évacuées. Jamais cette question n’aura de fin.

Les colons ont ri, en voyant l’assortiment de compensations initialement proposé par le gouvernement. Ils savaient avec qui ils traitaient et ont donc recruté toute une équipe d’avocats qui, quatre ans durant, ont œuvré en vue d’obtenir des compensations plus substantielles. À ce moment présent, nous avons dépensé 8,1 milliards de shekels (environ 1,5 milliard d’euros) pour l’évacuation, dont 4,9 milliards de shekels (environ 0,9 milliard d’euros) en investissements dans les infrastructures et en compensations directes aux familles. C’est une somme colossale, déraisonnable et elle n’a rien de définitif. Du côté de l’administration de l’évacuation, on s’attend à ce que le montant final tutoie les 10 milliards de shekels (1,85 milliard d’euros) ! Ces montants sont bien plus élevés que ceux perçus par les évacués du Sinaï, mais les anciens résidents de Gaza continuent à jouer le rôle de victimes d’une injustice en réclamant des sommes de plus en plus fortes, de sorte que la blessure ne se refermera jamais.

La situation à Gaza n’est guère rassurante non plus. La semaine dernière, les forces du Hamas ont attaqué une faction d’al-Qaïda sur place, tuant 24 personnes. .Il y a actuellement de nombreux groupes extrémistes dans la bande de Gaza et ils reçoivent l’aide de la population, ce qui ennuie passablement le Hamas. Ce soutien résulte des mauvaises conditions de vie des habitants – un siège prolongé qui a transformé la bande en une vaste prison, avec une pauvreté effrayante et 60 pour cent de chômage.

L’évacuation aurait pu se faire autrement. Elle aurait pu être utilisée pour rehausser le statut du président palestinien Mahmoud Abbas, mais Sharon n’était pas d’accord de discuter avec lui. Il ne permit pas à Abbas d’en tirer le moindre avantage et il opéra l’évacuation de façon arrogante et unilatérale, bien qu’Abbas fût le plus modéré des dirigeants palestiniens de tous temps.

Lors d’une réunion de la direction du parti Kadima, quelques mois après le retrait, le confident de Sharon, Dov Weissglas [*], déclara : « Nous allons mettre les Palestiniens au régime, mais sans les faire mourir de faim. » Toutes les personnes présentes éclatèrent de rire. Mais quand les Palestiniens découvrirent qu’Abbas n’avait rien fait pour alléger les souffrances et qu’il n’y avait aucune possibilité de vie normale à l’horizon, ils optèrent pour une direction plus extrémiste – celle du Hamas.

Durant toute la période où nous avons dirigé les territoires, nous avons détruit la direction existante, ce qui a fini par faire surgir des dirigeants plus extrémistes encore. Nous avons détruit l’Autorité palestinienne et Yasser Arafat, qui s’était dit d’accord pour une solution à deux États et se déclarait capable de « livrer les marchandises ». Et nous avons provoqué la prise de pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza. Aujourd’hui, nous mijotons la troisième étape : al-Qaïda.

Tout cela parce que, de notre côté, les gens ne veulent pas comprendre que, lorsque l’oppression s’accroît et qu’il n’y a rien à perdre, l’adversaire ne se rend pas et rampe encore moins. C’est juste le contraire. Il devient plus radical. La haine s’intensifie et le désir de revanche devient le seul espoir. Ainsi donc, si la pauvreté gagne du terrain à Gaza et que le chômage augmente, al-Qaïda va prendre le contrôle de la situation. Cela se passera soit par un coup d’État, soit via des élections et nous finirons par regretter cet effrayant Hamas.

Le retrait de Gaza était la bonne décision. Il nous a délivrés d’un lourd fardeau et il aurait pu constituer un pas important en direction d’un accord de paix permanent. Mais le retrait a été gâché parce que nous l’avons organisé négligemment et de façon minable. Peut-être cela avait-il été planifié à l’avance, parce que, lorsque les gens d’al-Qaïda venus du Pakistan et de l’Afghanistan reprendront Gaza, nous serons en mesure de dire alors, et sans risque d’erreur, qu’il n’y en aura pas un seul avec qui il sera possible de discuter. Et alors, nous pourrons vivre par l’épée jusqu’à la fin des temps, parce que, pour reprendre les propos attribués au pionnier et dirigeant sioniste Yossef Trumpeldor, « c’est une bonne chose que de mourir pour notre pays ».

* Note du dico : Dov Weissglas a aussi défini le retrait unilatéral des israéliens de Gaza, dont il fut un des principaux artisans, comme « le formol qui est nécessaire pour qu’il n’y ait pas de processus politique avec les Palestiniens » (voir : http://www.france-palestine.org/article954.html, marquant ainsi clairement que le but recherché n'était en aucun cas une paix juste et durable.

(LDL (JMF))

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