Nazisme

Le sionisme face au nazisme dans les années ‘30

Henry Laurens, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'histoire contemporaine du monde arabe - La question de Palestine. Tome deuxième - Fayard. 2002.

On aurait pu attendre de l’Organisation sioniste qu’elle organise une puissante campagne internationale contre le régime nazi, sur le modèle de celle menée contre la politique britannique en Palestine. Il n’en a rien été. Spontanément, les dirigeants en sont revenus à la position de Herzl face aux persécutions tsaristes : alors que les notables de la diaspora avaient lancé une campagne de boycott des intérêts russes à la suite des pogroms de Kichinev, le fondateur du sionisme politique avait préféré négocier avec les autorités pour obtenir la liberté d’action du sionisme en Russie contre l’atténuation de la campagne contre le tsarisme. Il s’était montré prêt à faire un pacte avec le diable pour sauver ce qui pouvait l’être et réaliser les buts politiques ultimes du sionisme.

Cette leçon n’a pas été oubliée. Dans l’immédiat, la politique nazie risque de mettre fin aux levées de fonds en Allemagne à un moment où le manque d’argent prend une dimension tragique. De surcroît, les institutions juives internationales ont commencé à lever des contributions afin d’apporter une aide matérielle aux Juifs allemands persécutés et aux réfugiés affluant dans les pays voisins, d’où le risque d’un effondrement des moyens consacrés à l’édification du foyer national juif. Enfin, si le nazisme veut une « Allemagne vide de Juifs », le sionisme n’y a pas d’objections si cela conduit à renforcer la présence juive en Palestine. Les sionistes allemands ont compris tout de suite que sur cette base, les deux mouvements nationalistes pourraient arriver à un accord. Ils ont même adopté un discours insistant sur les convergences entre le sionisme et le nazisme. Ils adressent à Hitler un mémorandum daté du 22 juin 1933 :

« Le sionisme croit que la renaissance de la vie nationale d’un peuple, qui s’opère aujourd’hui en Allemagne à travers la valorisation de ses dimensions chrétienne et nationale, doit aussi se produire chez le peuple juif. Pour le peuple juif aussi, l’origine nationale, la religion, un destin commun et le sens de son caractère exceptionnel doivent revêtir une importance primordiale pour son existence. Cela ne se fera qu’en supprimant l’individualisme égoïste de l’ère libéral et en le remplaçant par le sens de la communauté et de la responsabilité collective. »

Ils demandent que les Juifs aient leur place dans la structure d’ensemble fondée sur le principe de la race définie par le national-socialisme, afin de pouvoir apporter eux aussi, dans la sphère qui leur serait octroyée, une contribution féconde à la vie de la patrie. Nazisme et sionisme sont d’accord sur des points fondamentaux comme la prohibition des mariages mixtes et le maintien de la pureté du groupe ethnique. La collaboration des deux mouvements est possible, sans aucune sensiblerie, parce qu’ils veulent tous les deux aboutir à une solution de la question juive.

(MDL)

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