Etat palestinien

Un Etat palestinien dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, c’est le minimum

Moustapha Bargouti, questionné par Eric Hazan - "Rester sur la montagne" - Entretiens sur la Palestine. - La fabrique. 2005.

Pour arriver à la libération du peuple palestinien, il y a deux options.
La première, c’est évidemment un Etat palestinien indépendant. Mais il y a un seuil au-dessous du quel on ne peut pas parler d’Etat. Un Etat palestinien dans les frontières de 1967 (ce qui représente 23 % de la Palestine historique), avec Jérusalem-Est comme capitale, c’est le minimum. Ce qui signifie que toutes les colonies sans aucune exception doivent être démantelées. Ceux qui le souhaiteraient pourraient rester là où ils sont, mais sous souveraineté palestinienne, comme citoyens de l’Etat palestinien – pourquoi pas, si l’on peut ainsi éviter des expulsions, des souffrances…

Je ne vois pas d’inconvénient à ce que cet Etat soit totalement démilitarisé, à condition qu’une force internationale soit mise en place sur la frontière pour nous protéger. Mais nous n’avons pas à accepter des modifications de frontières, des justifications de l’injustice : nous demandons le strict respect des décisions internationales.

Si le gouvernement israélien poursuit sa politique actuelle, si le mouvement international ne parvient pas à le convaincre d’abandonner la totalité des territoires occupés, s’il persiste de faire de « l’Etat palestinien » une série de bantoustans à partir de Gaza et en continuant en Cisjordanie, s’il laisse ce maudit mur en place, alors il n’y a pas de possibilité physique pour un véritable Etat. Or nous voulons un Etat viable…

Si Israël rend cette solution impossible, il ne nous restera plus qu’une seule option, c’est-à-dire un seul Etat, où tous les citoyens seraient égaux : une tête, une voix. Mais cet Etat ne pourra évidemment plus être uniquement juif. Il sera juif et palestinien. Il faudra que les Israéliens apprennent à vivre avec les autres…

Comment voyez-vous le passage de la situation actuelle à la formation d’un Etat unique ?

Quand j’en parle autour de moi, tout le monde ou presque me dit que c’est une utopie, que tant de haine et de peur se sont accumulées dans les deux groupes humains qu’il est impossible de les faire vivre dans le même Etat, au moins dans un avenir prévisible…

Tout commence par de petites choses. Il y a notre action sur le terrain, et il y a les sanctions, qui sont la seule façon de forcer le gouvernement israélien de modifier sa politique, de le convaincre que le prix est très élevé pour maintenir l’apartheid, bien plus élevé que les avantages. Pour l’instant, Sharon joue très habilement pour imposer le point de vue israélien de par le monde, tandis que nous autres, nous défendons mal notre cause, avec la militarisation de l’Intifada, l’absence de clarté dans nos buts, l’absence d’unité dans notre voix. Notre avenir dépend de notre ténacité à nous maintenir sur place, à ne pas abandonner la terre, de notre capacité à instaurer la démocratie interne et à imposer des sanctions internationales. La solidarité internationale est importante à deux niveaux : d’une part par l’aide directe qu’elle nous apporte, mais aussi par l’appui dans notre lutte interne contre les fondamentalistes.

Ils disent : « Nous sommes seuls, tout le monde est contre nous, tous les juifs sont contre nous, l’Europe est contre nous. » Ce sentiment d’isolement nourrit le fondamentalisme. J’en ai souvent débattu avec eux dans les meetings et ça les embarrasse beaucoup : comment être opposés à ces internationaux qui viennent nous aider à briser le couvre-feu, qui servent de boucliers humains pour nous protéger, au risque de leur vie ? Et de fait, il y a des gens du Hamas qui viennent manifester avec nous et les internationaux. Ce que ceux-ci doivent comprendre, c’est qu’ils nous aident aussi à construire notre avenir, en convaincant une partie de la société palestinienne que nous devons devenir un pays démocratique. Cet internationalisme est très important, comme du temps de la guerre d’Espagne.

(MDL)

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